Benoît de carpentier

Uchronies

14/03-25/04

Benoît de Carpentier est un metteur en scène de la photographie. Depuis une vingtaine d’années, il recompose des images et nous emmène dans un univers de contes et légendes, dans une réalité augmentée. Avec Uchronies, il poursuit ce simulacre en détournant l’iconographie classique et bourgeoise avec humour et espièglerie. Ses personnages font bonne figure alors que l’auteur, irrévérencieux et facétieux, les affuble de couvre-chefs iconoclastes et anachroniques. En décontextualisant ces portraits dans des clairs-obscurs soignés, l’artiste fait tomber les masques et pose la question de l’être et du paraître.

Uchronies : des images, des figures, un jeu de miroirs.


L'exposition est visible du 14 mars au 25 avril 2020 à la Galerie la pierre large du mercredi au samedi de 16h à 19h et tous les jours au parking Opéra-Broglie.
Vernissage le samedi 14 mars à 17h00 au parking Opéra Broglie puis à 18h00 à la galerie La pierre large.
Plus d'infos : www.galerielapierrelarge.fr  www.parcus.com  www.benoitdecarpentier.com 

Uchronies 

Benoît de Carpentier, diplômé des art décoratifs de Strasbourg, est un artiste qui a produit de nombreuses expositions depuis la fin des années 90. Son travail photographique mêle onirisme et réalité, il aime questionner le statut de l'image dans son rapport à la peinture, en produisant des hybrides mis en scène qui détournent les peintures originelles pour y adjoindre un détail anachronique. Le trouble qui en résulte oblige le spectateur à s'immiscer dans cet espace nouveau. Ainsi, il a pu revisiter des peintures érotiques chinoises du 17ème siècle ou des peintures flamandes, en créant un nouveau point de vue, en racontant une autre histoire. 

Le travail du plasticien est également imbibé de nombreuses scènes religieuses, des contes et légendes qu'il réinterprète avec une touche d'humour. Les oiseaux hitchcockiens posent avec des natures mortes dans sa série Blanche Neige. Des détails insolites viennent perturber le clair-obscur de Ladies and Gentlemen. L'artiste met sa touche photographique, un contre-point qui vient heurter la délicatesse picturale. Il se joue des codes, irrévérencieux à souhait, donnant vie à ses matières peintes, magnifiant leur regard ou leur présence. Les décontextualisant, il offre à ces tableaux un regard acéré, d'une extrême contemporanéité, ces personnages reprennent vie. 

L'approche de Benoît de Carpentier, loin de figer un instant décisif, se joue des métaphores et orchestre un simulacre savoureux. La matière issue de la peinture donne un caractère fantoche à ces personnages. Des portraits mais surtout du jeu, de l'espièglerie. Rien n'est vraiment sérieux. On cherche à identifier le détail de la coiffe, des objets du quotidien qui viennent perturber l'équilibre pictural. Il y a quelque chose de très anglo- saxon dans cette approche, et l'attention toute particulière sur la lumière vient définitivement jeter le trouble. A quel type d'image avons-nous affaire ? Une galerie de personnages finalement intemporels qui nous toisent et nous confrontent. Les noirs sont profonds et intenses. Nul décor dans le champ ne vient rompre cette harmonie. Tels une illusion, un jeu de funambule, les portraits de l'artiste se gravent dans notre mémoire et réveillent nos imaginaires. Magique. 

Benjamin Kiffel 

Ladies and Gentlemen. 

Selon le dictionnaire Larousse, l’uchronie est une reconstruction fictive de l'histoire, relatant les faits tels qu'ils auraient pu se produire. « Uchronie » est un néologisme du XIXe siècle créé par Charles Renouvier fondé sur le modèle d’utopie, avec un « u » pour « ou » préfixe de négation et « chronos » (temps) : étymologiquement, le mot désigne donc un « non-temps », un temps qui n’existe pas. 

Benoît de Carpentier, dont je connais le travail depuis près de 20 ans, travaille sur la notion du temps, ou même du non-temps, sans qu’il ne s’en soit consciemment rendu compte, notamment dans ses photographies de paysages de la fin des années 1990 et du début du XXIe siècle dans lesquelles il convoquait des enfants, sortes d’elfes tout droit sortis des contes de notre enfance et de ceux que l’on racontait déjà à nos ancêtres. Les chevaux qui apparaissaient sur ses images n’étaient en fait qu’un seul et même équidé photographié à des instants différents et les plaines et les sous-bois qui servaient de décors étaient étirées de manière optique par un déplacement latéral de l’appareil. Benoît de Carpentier s’ingéniait déjà à réécrire l’histoire en proposant un angle de lecture différent, angle pris aussi bien au sens propre qu’au sens figuré du terme. 

Adepte de la juxtaposition des représentations et interrogeant l’image, il récidiva, notamment avec la série des Rêves de printemps, 2014 que j’eus l’occasion d’exposer : elle associait des miniatures érotiques chinoises de la période Qing à des objets du quotidien, manière de confronter l’espace pictural à notre espace tridimensionnel par le biais de la mise en scène. Comme dans Ladies and Gentlemen, 2016 qui fait l’objet de cette exposition à la galerie de la Pierre Large, l’artiste nous propose une image revisitée en créant une composition nouvelle à partir de chefs d’œuvres de la peinture de la renaissance italienne, flamande et allemande. Il s’agit d’une galerie de portraits de riches seigneurs, marchands, ecclésiastiques, magistrats, et gentes dames qui, au XVe siècle personnifiaient le pouvoir, la richesse et le savoir. 

Il est intéressant de découvrir comment Benoît de Carpentier est capable à la fois de reconstruire ces images archétypales et historiques par ajout en volume et superposition sur le tableau d’objets banals contemporains, de déchets même, et en même temps de déconstruire en quelque sorte la biographie de ces illustres citoyens. Il confère à leur aura et à leur importance de l’époque, restituées avec talent par les peintres de leur siècle, un air de ridicule par simple substitution physique – au sens de trois dimensions - de leur coiffe. Le chapeau remplacé, à l’instar du ballon dégonflé qui trône sur la tête du marchand Arnolfini ou bien la cornette faite en napperon de papier dentelle juchée sur la dame peinte par Weyden, casse la « belle » représentation et fissure leur fondement. Partant du couvre-chef, Benoît de Carpentier leur fait revêtir un masque, si ce n’est de l’infamie, du moins du grotesque, et ces augustes personnages ne semblent pas s’en rendre compte puisque leur attitude sentencieuse et hautaine n’est aucunement perturbée. Elle demeure égale à ce qu’elle était avant l’intervention de l’artiste puisque le tableau ne change pas de son état pictural initial. L'immixtion de la matière dans l'image a eu pour conséquence de créer un nouveau point de vue imaginaire racontant ainsi une alternate history (histoire alternative) pour reprendre le terme que les anglophones utilisent à la place d’uchrony ou d’uchronia. 

Bertrand Gillig, Galeriste. 

Des visages. Des figures. Portrait d’une époque. 

Si le portrait en peinture était traditionnellement réservé à une certaine élite aristocratique et bourgeoise soucieuse de laisser une trace pour la postérité, l’avènement de la photographie ouvre l’ère de la démocratisation de la représentation de soi avec tout le vouloir paraître et le culte de soi induits par la pratique de masse. Il s’agit, en effet, pour le modèle de faire bonne figure tandis que le photographe va chercher à en extraire la singularité. Les portraits peuvent alors être vus comme une sorte de révélateur kaléidoscopique d’une époque dans les différentes représentations individuelles qu’ils offrent. 

Avec Uchronies, Benoît de Carpentier nous donne à voir une galerie de 27 portraits tirés de la série Ladies & Gentlemen réalisée en 2016 et augmentée de nouveaux personnages en 2019. Des hommes et des femmes dont l’expression est austère, la vêture visiblement riche, posant dans une lumière délicate. Mais, comme dans le jeu des 7 erreurs, l’artiste glisse des objets iconoclastes en guise de couvre-chef dans chacune de ses compositions. Dans la veine explorée notamment par Hendrik Kerstens et le travail réalisé avec sa fille, le photographe coiffe ses modèles d’éponge, d’emballage de chocolat, de scotch, de bouchon ou même de tamis. Un détournement du support qui distancie quelque peu le propos et ouvre d’autres perspectives. 

En mêlant ainsi une iconographie bourgeoise de l’Ancien Régime et des objets contemporains du quotidien, Benoît de Carpentier brouille les pistes. Ce phénomène de friction entre passé et présent ouvre la voie à une temporalité recomposée. Dès lors, si le portrait est un miroir de l’époque, l’artiste nous place au cœur de la question de l’identité et du masque, de l’être et du paraître, de l’invisible et du visible. Non sans humour, il donne un caractère espiègle et facétieux à ces personnages dont le statut social pourtant, évoque rigueur et droiture. On ne sourit pas, chez ces gens-là. 

Ce mélange des registres à la fois temporel et social constitue en réalité les ingrédients d’une allégorie. A la manière de La Fontaine, Benoît de Carpentier révèle le visage de l’époque, dans laquelle la liberté est érigée en principe majeur mais les individus sont tiraillés entre des injonctions paradoxales. Une époque où l’image de soi et le regard des autres définissent les points cardinaux personnels tout en tissant des barreaux autour des individus, où les objets et, incidemment, la consommation de chacun définissent une partie de l’identité. Une période où tout s’affiche mais l’image se trouble. 

Benoît de Carpentier détourne la réalité pour mieux la révéler en dé-visageant ses personnages. Et le détournement doit ici son efficacité au fait qu’à la façon des jeux de mots, il établit un véritable pont entre des réalités que rien ne prédisposait à se rencontrer. La mise en scène parfaite fond les visages et leurs attributs dans une réalité plausible. Et si, au premier regard, on s’amuse de ces portraits, ils laissent transparaître ensuite des interrogations parfois grinçantes et figent les sourires. Des images, des figures, une mise en abyme de l’époque, des faux-semblants, un jeu de miroirs. 

Bénédicte Bach 

Entre tradition et modernité, le nouveau portrait 

Le Portrait est sans doute un des sujets les plus anciens de l’Histoire de l’art, et peut-être un des plus profonds. Présent dès l’Antiquité, c’est surtout à partir du XIVème qu’il devient une discipline à part entière, bien ancré aujourd’hui dans une véritable tradition iconographique. 

Au Moyen-âge, puis à la Renaissance, artistes et commanditaires européens cherchent de plus en plus à obtenir des portraits profonds, soulignant les traits physiques et surtout psychologiques de la personne représentée. Comme si nous voulions représenter la profondeur de l’âme, ou faire passer un message. 

Les premiers travaux qui sont arrivés à nous sont les célèbres portraits des artistes flamands du XVème siècle, comme Jan Van Eyck ou Hans Memling. Et aujourd’hui ils nous intriguent encore pour diverses raisons. Un véritable terrain de création pour les artistes contemporains du XXIème siècle. Il est intéressant pour eux de se pencher sur ces beautés mystères, et perpétuer à leur manière cette tradition du portrait, entre intrigue et débat. 

Benoît de Carpentier, n’échappe donc pas à cet intérêt pour le portrait flamand. Dans ses séries de photographies, il respecte les bases iconographiques du portrait, mais cherche ensuite à les détourner, et crée un point de vue totalement nouveau sur l’image d’origine. L’utilisation du médium photographique remplace par ailleurs celui de la peinture, pour créer une image plus moderne. 

Les sujets d’origine choisis par le photographe, nous les avons une fois rencontré, dans un musée, un livre d’Histoire ou un film. La moitié du travail est donc fait puisque l’artiste va attraper le regard du spectateur grâce à cette notion de familiarité. Mais Benoît de Carpentier va plus loin. Quand nous nous approchons plus, nous découvrons des détails troublants, sans doute parce que nous ne nous attendions pas à ça au premier coup d’œil. Mais l’intrusion de ces détails ne perturbe pas l’harmonie du portrait photographié, au contraire, ils nous amusent. 

De plus, introduire des matériaux du XXIème siècle comme le film plastique ou le ruban adhésif, renforce évidemment cette idée de mêler tradition et modernité. Quand nous sommes au musée, nous nous avançons automatiquement vers le portrait exposé pour y voir les détails de près. Benoît de Carpentier nous surprend donc avec ses compositions originales et humoristiques. Quel message cherche-t-il à faire passer ? Comme pour certains portraits anciens, le public peut en décider lui-même. Tel celui Les époux Arnolfini de Van Eyck, le portrait serait-il tout aussi attractif s’il n’y avait aucun mystère ? 

Benoît de Carpentier perpétue donc cette tradition du Portrait, mais son regard contemporain donne aux portraits un tout autre sens. Ce qui ne rend pas son travail inaccessible, bien au contraire. Que l’on soit connaisseur ou amateur d’art, ses portraits transmettront automatiquement quelque chose à l’œil qui les regardera. 

Sophie MAHON 

marco pantani team

#2 Waterzoï y pimiento

07/05-17/05

Pour ce deuxième opus de la Marco Pantani Team, le duo strasbourgeois poursuit sa démarche de recherche plastique en tant que sujet-objet initiée dans La fille dans un fauteuil en plastique en 2018. Une première incursion dans le champ de la relation amoureuse au moment de la rencontre. Avec Waterzoï y pimiento, les plasticiens prolongent la réflexion en se centrant sur l’idée de couple comme une entité particulière. 


Entre autofiction et narrative art, la réflexion est construite autour d’un « ensemble » nouveau : le couple. L’équation 1+1=3 est posée comme postulat de départ et c’est précisément cette nouvelle dimension, différente de la somme des individualités qui la compose mais pourtant reliée à chacun d’eux, que le duo expérimente et montre ici. Un territoire tiers, dont la géographie se dessine au fil du temps qui passe, fait de souvenirs communs, d’habitudes et d’objets. Des sédiments qui s’agrègent progressivement, donnant ainsi un certain relief à la vie courante. Une cartographie du sentiment amoureux à l’aune du quotidien.


A la fois sujet et objet de la démarche, le duo de plasticiens navigue entre « je » et « jeu », mise en scène et recentrement sur soi pour produire une image performée interrogeant le couple, sa complexité, sa construction et ses mythologies. Un jeu de miroirs accentué par le choix d’une esthétique particulière et l’emprunt aux codes culturels de différentes époques mêlés dans une recette où l’imaginaire et l’humour restent de mise. Un clair-obscur épicé. Une décoction au fumet complexe du cinéma d’Almodovar et de peinture flamande.


Une proposition artistique construite à quatre mains en trois dimensions dans un dialogue permanent. Une vidéo, des photographies et un compte Instagram offrent au spectateur différents points d’entrée pour appréhender ce territoire.   

L'exposition est visible pendant L'industrie magnifique à la galerie tous les jours de 16h à 19h du jeudi 7 mai au dimanche 17 mai 2020. 
Vernissage le vendredi 8 mai à partir de 18h30.

B & B

alain willaume

coordonnées 72/18

28/05-11/07

Loin de toute notion documentaire, la métaphore habite le travail d’Alain Willaume. Expérimentateur de formes, il développe une œuvre singulière en prise avec le monde qu’il sillonne et observe depuis de nombreuses années, interrogeant la pratique même de la photographie. Sous l’influence de longs voyages et à l’écart des courants, il dresse une cartographie personnelle faite d’images énigmatiques et engagées qui toutes racontent la violence et la vulnérabilité du monde et des humains qui l’habitent.
Membre du collectif Tendance Floue depuis 2010, Alain Willaume est photographe et commissaire d’exposition indépendant et enseignant à la Haute école des arts du Rhin de Strasbourg et à l’École nationale supérieure d’art de Nancy. Il a été l’un des commissaires du programme d’expositions INDIA qu’il a initié aux Rencontres d’Arles 2007, et a dirigé l’ouvrage India Now : Nouvelles visions photographiques de l’Inde contemporaine publié par Thames & Hudson et Textuel en 2007. Il a également été directeur artistique de India Photo Now 2008, une année de photographie en Inde. Sa dernière monographie, Bords du gouffre,a été publiée chez Textuel à Paris et exposée aux Rencontres d’Arles 2003. Il a remporté le Prix Kodak de la critique photographique, ainsi que le premier prix du Sony World Photography Award 2011, catégorie Portraits.
L'exposition est visible du 28 mai au 11 juillet 2020. Vernissage le jeudi 28 mai en présence de l'artiste à partir de 18h30.

Bénédicte Bach

Impermanences

09/01-22/02

Bénédicte Bach met en lumière la poésie du monde dans une écriture polymorphe qui lui permet de s’affranchir des frontières artistiques habituelles. Tantôt photographique, tantôt littéraire, tantôt sous forme d’installation ou de performance, il s’agit de rentrer au cœur de la matière, de tisser des liens entre les univers pour construire une narration ouvrant vers l’imaginaire.
Depuis 2016, elle explore le médium photographique. Son approche questionne l'abstraction, joue avec les détails, explore la lumière, transcende le réel. Les objets choisis n'ont d'intérêt que pour leur capacité à être réutilisés dans une construction globale poétique cohérente. ​ Les textures créées jouent des matières, immersives, dans lesquelles on plonge. L'expression est sensorielle, touche les sens, donne de l'épaisseur. Une obsession, une fragrance.
Une poétique du détail que l'on retrouve dans ses installations et interventions dans l'espace public. Conçues comme des invitations à un imaginaire, elles se déclinent autour d'une écriture, de récurrences, de suspensions.
Bénédicte Bach raconte des histoires. 

Bénédicte Bach a notamment réalisé L’envolée chromatique avec les Tanneries Haas pour L’Industrie Magnifique en 2018 à Strasbourg. Une collaboration qui se poursuit pour la prochaine édition de L’Industrie Magnifique à retrouver à Strasbourg en mai 2020 avec Portée aux nues. 

Elle est également intervenue dans l’espace public sous forme de performance pour ES Energies Strasbourg avec Le réveil des Héliotropes, une espèce de petit conte poétique, mais aussi avec Le Rêve du Papillon dans les rues de Strasbourg durant un été. 

Enfin, ses photographies ont fait l’objet d’expositions dans différents lieux. 

L' exposition est visible du 9 janvier au 22 février 2020.  Vernissage le jeudi 9 janvier à partir de 18h30.

Dans le cadre de Impermanences Bénédicte Bach et de la Nuit de la lecture, portée par le Ministère de la Culture, la galerie La pierre large vous invite à une soirée de lectures placées sous le signe du temps le samedi 18 janvier.
Comme un écho aux œuvres exposées, les quatre lecteurs de la soirée - Jean Hansmaennel, Audrey Simeon, Jean-mathieu Collard et Bénédicte Bach - donneront de la voix au temps. Le temps qui passe, le temps qui se fige, le temps rêvé, le temps des souvenirs, le temps futur, le temps fugace, le temps qui s'accélère et s'emballe... Un moment à partager, une parenthèse dans la frénésie du quotidien, un interlude.

La soirée démarrera à 20h. La galerie étant un écrin, le nombre de places est limité à 30 personnes. Pour plus de confort également, les spectateurs sont invités à se munir d'un coussin ou plaid pour s'installer confortablement et profiter ainsi pleinement du moment.

Impermanences ou l’éternité d’un instant. 

Le tic-tac du grand métronome rythme inlassablement l’agitation du monde. Les hommes, telles des fourmis frénétiques, se jettent et se projettent sans cesse vers un demain hypothétiquement meilleur. La course est lancée, toujours plus vite, toujours plus loin, mais la ligne d’arrivée s’esquive sans cesse. Une course vaine, en forme de mouvement perpétuel, dans laquelle les coureurs s’élancent puis s’effondrent, épuisés, à tour de rôle, remplacés inexorablement par les suivants. Et les souvenirs comme les images s’empilent pour mieux se sédimenter avant de s’effacer dans un éternel recommencement aux reliefs mouvants. 

Alors, « on avance, on avance, on avance, c’est une évidence » comme le disait la chanson puisqu’ « on n’a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens ». Le temps est toujours à l’endroit. Quoi qu’on fasse, quoi qu’il se passe : cela advient. « Pourquoi ne peut-on pas revenir en arrière ? » s’interroge Chow Mo-Wan dans 2046. Le temps, ce « presque-rien » ou « je-ne-sais-quoi » reste insaisissable et en même temps irréversible. Il est la matrice et le carcan. Le paradoxe dans lequel chacun cultive un subtil équilibre pour se sentir libre ou du moins, s’en donner l’illusion. 

A peine saisi, l’instant n’est plus. Il s’échappe. Il ne reste plus que l’empreinte d’une feuille, une réminiscence rétinienne, une couleur, une odeur : un souvenir. Penser le temps serait-il alors vain ? Nous sommes immergés dans le temps mais pas submergés : nous respirons. Même si cette respiration s’emballe jusqu’à la suffocation ou se tarit jusqu’à la dyspnée, l’air circule toujours et la vie se poursuit. Penser le temps pour mieux panser la liberté. Et le temps file, hémophile. Alors, peut-être faut-il s’abstraire d’une réalité scientifique et mesurable et ouvrir des brèches dans la linéarité du temps. 

Il arrive parfois que les boucles du temps s’emmêlent sur la ligne de vie provoquant des arythmies, ouvrant des failles, comme des systèmes
parallèles qui libèrent la perception et permettent d’accéder à un sentiment de liberté. Un espace dans lequel le frémissement de l’univers même le plus léger devient perceptible, un intervalle sensoriel dans lequel le temps coule comme une brise légère, un prisme dans lequel la réalité se teinte d’une magie particulière. 

Le temps est une poétique dont Impermanences n’est qu’une traduction plastique. Linéarité et cycle du temps coexistent dans la discussion entre photographies et installation tout en étant bouleversés pour ouvrir une entaille dans la frénésie du monde et laisser affleurer à la surface la dimension onirique de l’instant. Couleurs, lumière, rythme et son, matière et mouvement servent ensemble à révéler ce qui, habituellement, est imperceptible, entre l’écho d’un métronome universel et une certaine idée d’éternité. Le spectre du temps s’étire ici entre un possible antérieur, un présent parfois lointain et un futur hypothétique pour se fondre dans un absolu sensible. 

Impermanences, comme une brèche qui s’ouvre pour nous faire toucher du doigt l'immatérialité du temps tout en s’accordant un peu de temps à l’état pur. Juste le temps. 

Bénédicte Bach

Dans l'intervalle. 

Le travail de Bénédicte Bach a depuis le début fixé une certaine atemporalité. Une rhétorique poétique construite avec du détail, de l'abstraction, des escapades symboliques pour prendre une tangente face au réel. 
Le point de départ de la démarche de l'artiste est lié aux mots, à cette syntaxe sémantique, puis l'histoire racontée tisse des liens plastiques, construit un univers photographique, visuel, elliptique, onirique. Bénédicte aime jouer des matières, suspendre le cours des choses, figer un vol de papillons sur une place dans la ville, en jeter en papier du haut d'une cathédrale, comme une évanescence, en toucher l'essence, le symbole plutôt que la matérialité. Son approche narrative touche par la symbolique, par l'imaginaire emblématique d'un élément facilement identifiable. C'est le point d'entrée. Qu'il s'agisse de porter aux nues des nuages, de montrer une envolée d'insectes ou de stopper la chute des feuilles, la mécanique est la même, figer le temps. Donner à voir cette subtile mélodie de ce qui va disparaître. La fixer. 
On voit là évidemment un des enjeux de la photographie, qui permet par magie de capturer un instant qui n'est pas seulement celui décisif. L'artiste ne raconte pas un événement qui se serait produit mais construit son propre imaginaire, donne à voir ce qui résulte de sa poétique du détail, de sa vision symbolique d'un monde. Le réel est trop peu poétique à ses yeux, trop cynique, aux contingences économiques trop prononcées. Le réel ne fait pas rêver. 
L'univers de l'auteure est donc volontairement en retrait, faussement candide, il parle également de notre perception du temps. Une syncope de mouvement, un élan fragile, un pas danse. Cette arythmie organique que l'on retrouve aussi dans l'art de jouer des mots, à l'image de ceux écrits sur les papillons, procède de la même logique de faire valser les sonorités, de se libérer de l'allégeance unique de leur sens pour en taquiner les entrailles musicales. Là également, le temps est détaché, étiré, suspendu. Les créations protéiformes qui en résultent procèdent donc d'une même logique. 

Impermanences montre une évolution dans le travail de Bénédicte Bach. Pour la première fois, elle mêle photographie et installation. Pour la première fois, elle passe en couleur pour ses images. Après avoir questionné la matière et la lumière dans ses abstractions, voici un autre questionnement photographique : le temps qui passe. 
Le soin accordé à la lumière reste important, il permet toujours un éloignement d'une représentation réelle de l'objet. La focale crée du velouté, le velours soyeux de l'image ainsi figé comme dans un mouvement. Les feuilles bruissent encore d'un mouvement qui n'est qu'interrompu, comme suspendu. Notre imaginaire fait le reste. Bénédicte ne montre pas ce qui a été, mais ce qui est, ce qui dans un idéal poétique devrait être. 
Un pas de Tango, une rythmique atemporelle. 
Les couleurs se succèdent suivant une saisonnalité. Les cadres sont davantage ouverts sans pour autant devenir descriptifs. On ne campe pas de lieu, on reste dans un signifiant occultant le contexte, le décor, les personnes. Seul le sujet poétique importe. Aller à l'essentiel, comme l'essence des choses, ce temps qui passe, et le figer, le sortir du réel, lui donner une substance éternelle. 
Cette métaphore photographique est encore davantage renforcée par l'installation de bulles transparentes enfermant des morceaux de cuir aux couleurs automnales. La fragilité reste de mise, le mouvement est arrêté, reste imperceptible. Le spectateur fait le reste. La matière douce du cuir est rehaussée de reflets lumineux rythmant cette chute arrêtée. Les lucioles explosent l'espace. Ces ponctuations de lumière égrènent le temps, comme pour mieux le figer. Et là parterre, un petit tas se forme, rendant tangible ce mouvement insaisissable. Une exclamation finale. 
Enfin, la récurrence sonore, nous invitant à d'autres horizons, intrigue nos attendus devant un tel spectacle, et contribue à nous immerger dans un univers onirique. La boucle est bouclée. L’élément ainsi convoqué ne reste qu'une illusion, une allégorie. 
Il y a quelque chose de contemplatif, un goût d'extrême orient, un ailleurs lointain. Cette mise en scène théâtrale nous propose un langage fugace et limpide, et donne une matérialité à cet univers poétique qui prend corps dans l'espace. 
En questionnant ainsi la vacuité du temps qui passe, et l'impermanence de notre condition humaine, Bénédicte touche, orchestre une forme de simulacre, un opéra crépusculaire où tout se fige, s'arrête. Ô temps suspend ton vol, déclamerait le poète, et l'on se retrouve dans un souffle, gravé dans la mémoire rétinienne, comme dans un rêve. Emporté. Magique. 

Benjamin Kiffel

L’étendue de l’existence. 

Dans son existence propre et dans la relation qu’elle entretient à son contemplateur, l’œuvre d’art magnifie sa propre temporalité : elle est la vision d’un instant, scellée au plus profond de l’être, maintenant et à jamais. Elle n’en reste pas moins fugitive et fragile dans le fait qu’elle pose des temps virtuels qui ont toute leur importance. En plaçant des feuilles, signes d’un temps passé et présent, dans des sphères translucides, totalités mondes en réduction, Bénédicte Bach nous donne à voir cette fragilité-là ; étrangement, elle y met une certaine fermeté comme si l’éphémère ne pouvait être déterminé que par un acte fort, décidé et porté. Ainsi, elle ouvre notre regard de façon multiple à la fois sur le contenant et le contenu, nous mettant à distance de la chose que l’on regarde de tous les côtés, la « protège, [l’]isole et [la] soutient » selon l’expression de Joseph Beuys, la sacralisant à sa manière, nous la rendant à la fois accessible et hors de portée malgré la transparence. 

Nous nous fixons sur l’intérieur, cette feuille enfermée, marque de l’irrépressible fugacité de ce qui advient, figée dans la noblesse organique du cuir, mais environnée de la multitude d’autres feuilles, comme un éternel automne. Puis nous déplaçons notre attention par des mouvements discontinus, cheminant au gré du matériel et de l’immatériel, par à-coups, embrassant les détails, épousant la forme dans son ensemble, pour mieux en apprécier les éléments la constituant. Nous nous plongeons dans sa temporalité paradoxale, qui fait écho à notre propre lecture du temps. La mélancolie est là : elle nous envahit dans toute sa splendeur avec au bout, une fois encore, « l’illusion du sublime ». 

Allons voir du côté d’Andreï Tarkovski, l’austère cinéaste soviétique qui, comme nul autre, savait magnifier les arbres dans leur plus profonde nudité, traversés de lumière et irradiants de beauté. Avec sa sévérité légendaire, il n’aurait pas tellement apprécié qu’on l’invoque pour une œuvre autre que cinématographique, mais quand il s’attache à ce qu’il appelle « les liaisons poétiques » pour justifier son art, il ne mesure pas à quel point son propos dépasse le simple cadre du cinéma pour nous révéler d’autres formes tout aussi empreintes de magie: selon lui, tout se passe dans l’intervalle de l’enchaînement kinésique pour celui qui se met en quête de « vérité intérieure ». Je ne vois rien d’autre dans le travail de Bénédicte Bach, et notamment dans cette installation singulière. Le mouvement est immanent, cela signifie qu’il s’inscrit comme le principe même de l’œuvre. Virevoltant dans notre imaginaire avec les courbes ascendantes ou descendantes qu’elles dessinent mentalement en nous, les feuilles, qu’elles soient physiques ou en images, libèrent mille visions, dont chacune, mouvante et émouvante, nous rapproche de cette « vérité intérieure » si chère à Tarkovski. Nul doute qu’il aurait apprécié le travail de Bénédicte et reconnu en elle cette capacité à « explorer la vie » et à générer cette beauté que, selon lui et bien d’autres avant lui, seule « la poésie peut faire naître ». Avec cette installation, l’artiste rompt avec toute forme de linéarité et nous conduit, selon un cheminement qui lui est propre, à la prise de conscience dévorante de la condition temporelle de l’homme et de la femme, et le fait qu’ils naissent, vivent et se meuvent indéfiniment. 

Emmanuel Abela 

Qu'est-ce que le temps? 

C’est une des questions qui a le plus changé l'homme, au sens de son évolution et au sens sociétal. La conscience du temps en effet, reconnaître son flux, comprendre son caractère imparable et surtout son irréversibilité a donné à l'homme sa plus grande menace et sa pire promesse, l'obligeant à affronter la mort. De la réflexion qui s'en est suivie, l'homme a développé ses capacités cognitives et a créé des mécanismes pour échapper à cette condamnation: les religions, la morale et donc les sociétés. 

Mais la question est loin d'être résolue et même la définition objective du temps est complexe, car sa nature linéaire ou circulaire n’est toujours pas établie. Nous pourrions assister à la coexistence de deux théories: il y a un temps qui commence à la naissance et s’achève avec la mort et un qui, chaque jour, chaque mois, chaque année se répète. Un cycle de vie et un cycle de temporalité. 

Sans m'attarder sur les caractéristiques philosophiques qu'implique la notion de temps, intéressons-nous à la proposition de Bénédicte Bach autour de ce thème. En effet, avec son travail, Bénédicte nous invite dans une dimension autonome, dans laquelle la distinction entre les deux modèles de progression temporelle coexistent. "Progression temporelle" car, qu'il s'agisse d'un mouvement vers l'avant et sans retour ou d’une répétition et d'un cycle, l'idée de mouvement reste constante. 

A cet égard, la proposition de Bénédicte apparaît déjà hors des sentiers battus, et nous invite à analyser, à réfléchir sur cette double essence dans une perspective extemporanée. L’intérêt de cette exposition réside précisément dans le paradoxe de «percevoir le temps hors du temps». À cette fin, l'artiste crée une dimension spatiale dans laquelle le temps n'existe plus ou est extrêmement ralenti, comme si nous étions à l'intérieur d'un vaisseau spatial qui traverse l'univers à la vitesse de la lumière. Une sensation rendue possible par une utilisation particulière de l’espace, dans laquelle on se sent immergé dans un sablier en l'absence de gravité. Autour de nous, en effet, l'installation "Mobilis in mobili" nous plonge dans des bulles de verre qui, comme des gouttes ou des grains de sable, restent immobiles, gardant à l'intérieur des feuilles précieuses, symbole même du passage des saisons: celles de l'année mais aussi celles de la vie. En fait, au-delà de la chute, ce ne sont pas seulement des feuilles sèches, mais des feuilles de toutes les couleurs comme si elles étaient chacune le souvenir ou le reflet de quelque chose. Mais si la chute libre (comme le temps lui-même) est la représentation d'un mouvement linéaire et irréversible, les photographies analysent le temps dans sa nature cyclique. Les séries Sanguine, Oosphère, Poésie vernale, Azimut 90 °, tournent en boucle sur les écrans générant un intéressant compromis stylistique: les images racontent les saisons, le temps qui passe et revient inlassablement, inscrivant par là une certaine idée de la temporalité. 

Giuseppe Amapani 

Nina E.Schönefeld

Trilogy Of tomorrow

08/11-21/12

Nina E. Schönefeld est une artiste multidisciplinaire vivant à Berlin. Diplômée des Beaux-Arts de Berlin et Londres, Nina E. Schönefeld a également une formation scientifique. Ce point de départ particulier lui permet d’aller au-delà des catégories artistiques habituelles dans sa pratique dans une approche transversale. Dans ses installations, ses vidéos, ses sculptures et son utilisation de la lumière, l’artiste questionne le monde contemporain à travers les changements politiques, sociaux et numériques de la société. Elle interroge les rôles contemporains des artistes, explorant les relations entre l’art, les films à succès et l’ère numérique actuelle.
Nina E. Schönefeld a participé à de nombreuses expositions (en solo ou collective) dans le monde entier, les dernières ayant eu lieu en Corée, en Italie, en Chine, en Allemagne et à New-York notamment. Elle présente Trilogy of Tomorrow pour la première fois en France.
« Au cas où il y aurait un changement politique radical dans votre pays, vous aurez besoin de conseils et d’engins spéciaux pour survivre … Préparez-vous. »
L'exposition est visible du 8 novembre au 21 décembre 2019. Vernissage le vendredi 8 novembre à partir de 18h30 en présence de l'artiste

Le monde de demain

Avec sa TRILOGY OF TOMORROW, Nina E.Schönefeld nous emmène dans un univers de fiction, d'anticipation.
 La Terre va mal, les dégâts du changement climatique sont visibles, les cycles déraillent, les plantes poussent de façon industrielle, dopées par l'appât du gain d'un système économique qui a perdu le sens de la raison. Les animaux sont devenus rares. La catastrophe est proche. 

La narration de ces films se construit en 3 temps.
 Un premier temps pour poser le constat, une narration fluide, esthétique, des paysages. La lenteur contemplative des plans fonctionne avec une rhétorique poétique.
 Un deuxième temps accordé au combat. Une galerie de portrait, d'héroïnes engagées, à la Lara Croft. Ce sont des jeunes gens qui défilent en mouvement dans un monde à sauver. Des archanges du futur.
 Enfin une dernière partie sous forme de conclusion, l'avenir reste incertain. 

Ce mode narratif fait penser au découpage classique de Woody Allen : le Syd field paradigm, mais le propos n'est pas celui du cinéaste américain, ici pas de point de bascule, pas de suspens cinématographique, pas d'intrigue à proprement parler. L'univers de l'artiste berlinoise emprunte des codes à différents registres : le clip, la série Netflix, le cinéma, la science-fiction, le jeu vidéo. Une dimension contemplative à l'esthétique léchée, de longs plans fixes en mode onirique, puis une narration syncopée qui déconstruit les dialogues et insère des images de synthèse à des prises de vue réelle. La photographie est belle, ciselée, radicale. Le noir et blanc succède à la couleur. Nina mêle savamment une rythmique musicale MTV à des éléments de films de science-fiction. Les images révèlent un rapport au temps distordu, elliptique. Les personnages se confrontent à nous face caméra, nous toisent, nous imposent un choix. 

Nina transgresse chacun de ces codes culturels pour construire un langage immédiatement identifiable. Elle recompose des éléments communs pour créer son propre style. Nous sommes devant un objet purement artistique ancré dans les problématiques d'une époque. 

On perçoit également de la douceur, de la nostalgie parfois. Un goût de l'enfance, des souvenirs enfouis comme l'odeur d'un bonbon ou d'une chanson acidulée. Une forme d'innocence. Une tendresse fraternelle. Un Eden. Les personnages ne sont pas des super héros hollywoodiens, ils sont en quête d'identité, de vérité, de fraternité. Ce sont des jeunes gens ordinaires, des femmes d'aujourd'hui. 

Le monde Nina E.Schönefeld est proche d'un chaos, d'une apocalypse annoncée, et pourtant il reste une lueur d'espoir. Une autre issue est possible. L'heure des choix. Trilogy Of Tomorrow pose des questions essentielles sur l'évolution de l'humanité, sur notre responsabilité citoyenne, sur l'engagement de la jeunesse. L'artiste propose une œuvre belle et troublante. Un pur moment de grâce. Superbe et émouvant. 

« Le Monde de demain quoi qu'il advienne nous appartient, la puissance est dans nos mains » (NTM) 

Benjamin Kiffel 

Conditionnel présent, futur subjectif. 

« Au cas où il y aurait un changement politique radical dans votre pays, vous aurez besoin de conseils et d’engins spéciaux pour survivre. Préparez-vous.» Un avertissement liminaire de l’artiste qui endosse d’emblée avec sa Trilogy of Tomorrow le rôle de lanceuse d’alerte. Dans chacun des volets de ce triptyque vidéo - Dark Waters, Snow Fox et L.E.O.P.A.R.T. - le parti pris est radical. Le spectateur est ainsi confronté à un futur plausible à partir d’une projection sociétale contemporaine et ses dérives. 

L’artiste n’est pas un être hors-sol : il réfléchit son art et produit un discours qui s’inscrit en réaction, en confrontation ou en osmose avec son environnement pour dévoiler le monde d’un point de vue différent. Cette trilogie vidéo est construite comme un espace d’interpellation : Nina E.Schönefeld y questionne la dimension environnementale, sociale et politique de la société contemporaine où il n