Bénédicte Bach

Impermanences

09/01-22/02

Bénédicte Bach met en lumière la poésie du monde dans une écriture polymorphe qui lui permet de s’affranchir des frontières artistiques habituelles. Tantôt photographique, tantôt littéraire, tantôt sous forme d’installation ou de performance, il s’agit de rentrer au cœur de la matière, de tisser des liens entre les univers pour construire une narration ouvrant vers l’imaginaire.
Depuis 2016, elle explore le médium photographique. Son approche questionne l'abstraction, joue avec les détails, explore la lumière, transcende le réel. Les objets choisis n'ont d'intérêt que pour leur capacité à être réutilisés dans une construction globale poétique cohérente. ​ Les textures créées jouent des matières, immersives, dans lesquelles on plonge. L'expression est sensorielle, touche les sens, donne de l'épaisseur. Une obsession, une fragrance.
Une poétique du détail que l'on retrouve dans ses installations et interventions dans l'espace public. Conçues comme des invitations à un imaginaire, elles se déclinent autour d'une écriture, de récurrences, de suspensions.
Bénédicte Bach raconte des histoires. 

Bénédicte Bach a notamment réalisé L’envolée chromatique avec les Tanneries Haas pour L’Industrie Magnifique en 2018 à Strasbourg. Une collaboration qui se poursuit pour la prochaine édition de L’Industrie Magnifique à retrouver à Strasbourg en mai 2020 avec Portée aux nues. 

Elle est également intervenue dans l’espace public sous forme de performance pour ES Energies Strasbourg avec Le réveil des Héliotropes, une espèce de petit conte poétique, mais aussi avec Le Rêve du Papillon dans les rues de Strasbourg durant un été. 

Enfin, ses photographies ont fait l’objet d’expositions dans différents lieux. 

L' exposition est visible du 9 janvier au 22 février 2020.  Vernissage le jeudi 9 janvier à partir de 18h30.

Dans le cadre de Impermanences Bénédicte Bach et de la Nuit de la lecture, portée par le Ministère de la Culture, la galerie La pierre large vous invite à une soirée de lectures placées sous le signe du temps le samedi 18 janvier.
Comme un écho aux œuvres exposées, les quatre lecteurs de la soirée - Jean Hansmaennel, Audrey Simeon, Jean-mathieu Collard et Bénédicte Bach - donneront de la voix au temps. Le temps qui passe, le temps qui se fige, le temps rêvé, le temps des souvenirs, le temps futur, le temps fugace, le temps qui s'accélère et s'emballe... Un moment à partager, une parenthèse dans la frénésie du quotidien, un interlude.

La soirée démarrera à 20h. La galerie étant un écrin, le nombre de places est limité à 30 personnes. Pour plus de confort également, les spectateurs sont invités à se munir d'un coussin ou plaid pour s'installer confortablement et profiter ainsi pleinement du moment.

Impermanences ou l’éternité d’un instant. 

Le tic-tac du grand métronome rythme inlassablement l’agitation du monde. Les hommes, telles des fourmis frénétiques, se jettent et se projettent sans cesse vers un demain hypothétiquement meilleur. La course est lancée, toujours plus vite, toujours plus loin, mais la ligne d’arrivée s’esquive sans cesse. Une course vaine, en forme de mouvement perpétuel, dans laquelle les coureurs s’élancent puis s’effondrent, épuisés, à tour de rôle, remplacés inexorablement par les suivants. Et les souvenirs comme les images s’empilent pour mieux se sédimenter avant de s’effacer dans un éternel recommencement aux reliefs mouvants. 

Alors, « on avance, on avance, on avance, c’est une évidence » comme le disait la chanson puisqu’ « on n’a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens ». Le temps est toujours à l’endroit. Quoi qu’on fasse, quoi qu’il se passe : cela advient. « Pourquoi ne peut-on pas revenir en arrière ? » s’interroge Chow Mo-Wan dans 2046. Le temps, ce « presque-rien » ou « je-ne-sais-quoi » reste insaisissable et en même temps irréversible. Il est la matrice et le carcan. Le paradoxe dans lequel chacun cultive un subtil équilibre pour se sentir libre ou du moins, s’en donner l’illusion. 

A peine saisi, l’instant n’est plus. Il s’échappe. Il ne reste plus que l’empreinte d’une feuille, une réminiscence rétinienne, une couleur, une odeur : un souvenir. Penser le temps serait-il alors vain ? Nous sommes immergés dans le temps mais pas submergés : nous respirons. Même si cette respiration s’emballe jusqu’à la suffocation ou se tarit jusqu’à la dyspnée, l’air circule toujours et la vie se poursuit. Penser le temps pour mieux panser la liberté. Et le temps file, hémophile. Alors, peut-être faut-il s’abstraire d’une réalité scientifique et mesurable et ouvrir des brèches dans la linéarité du temps. 

Il arrive parfois que les boucles du temps s’emmêlent sur la ligne de vie provoquant des arythmies, ouvrant des failles, comme des systèmes
parallèles qui libèrent la perception et permettent d’accéder à un sentiment de liberté. Un espace dans lequel le frémissement de l’univers même le plus léger devient perceptible, un intervalle sensoriel dans lequel le temps coule comme une brise légère, un prisme dans lequel la réalité se teinte d’une magie particulière. 

Le temps est une poétique dont Impermanences n’est qu’une traduction plastique. Linéarité et cycle du temps coexistent dans la discussion entre photographies et installation tout en étant bouleversés pour ouvrir une entaille dans la frénésie du monde et laisser affleurer à la surface la dimension onirique de l’instant. Couleurs, lumière, rythme et son, matière et mouvement servent ensemble à révéler ce qui, habituellement, est imperceptible, entre l’écho d’un métronome universel et une certaine idée d’éternité. Le spectre du temps s’étire ici entre un possible antérieur, un présent parfois lointain et un futur hypothétique pour se fondre dans un absolu sensible. 

Impermanences, comme une brèche qui s’ouvre pour nous faire toucher du doigt l'immatérialité du temps tout en s’accordant un peu de temps à l’état pur. Juste le temps. 

Bénédicte Bach

Dans l'intervalle. 

Le travail de Bénédicte Bach a depuis le début fixé une certaine atemporalité. Une rhétorique poétique construite avec du détail, de l'abstraction, des escapades symboliques pour prendre une tangente face au réel. 
Le point de départ de la démarche de l'artiste est lié aux mots, à cette syntaxe sémantique, puis l'histoire racontée tisse des liens plastiques, construit un univers photographique, visuel, elliptique, onirique. Bénédicte aime jouer des matières, suspendre le cours des choses, figer un vol de papillons sur une place dans la ville, en jeter en papier du haut d'une cathédrale, comme une évanescence, en toucher l'essence, le symbole plutôt que la matérialité. Son approche narrative touche par la symbolique, par l'imaginaire emblématique d'un élément facilement identifiable. C'est le point d'entrée. Qu'il s'agisse de porter aux nues des nuages, de montrer une envolée d'insectes ou de stopper la chute des feuilles, la mécanique est la même, figer le temps. Donner à voir cette subtile mélodie de ce qui va disparaître. La fixer. 
On voit là évidemment un des enjeux de la photographie, qui permet par magie de capturer un instant qui n'est pas seulement celui décisif. L'artiste ne raconte pas un événement qui se serait produit mais construit son propre imaginaire, donne à voir ce qui résulte de sa poétique du détail, de sa vision symbolique d'un monde. Le réel est trop peu poétique à ses yeux, trop cynique, aux contingences économiques trop prononcées. Le réel ne fait pas rêver. 
L'univers de l'auteure est donc volontairement en retrait, faussement candide, il parle également de notre perception du temps. Une syncope de mouvement, un élan fragile, un pas danse. Cette arythmie organique que l'on retrouve aussi dans l'art de jouer des mots, à l'image de ceux écrits sur les papillons, procède de la même logique de faire valser les sonorités, de se libérer de l'allégeance unique de leur sens pour en taquiner les entrailles musicales. Là également, le temps est détaché, étiré, suspendu. Les créations protéiformes qui en résultent procèdent donc d'une même logique. 

Impermanences montre une évolution dans le travail de Bénédicte Bach. Pour la première fois, elle mêle photographie et installation. Pour la première fois, elle passe en couleur pour ses images. Après avoir questionné la matière et la lumière dans ses abstractions, voici un autre questionnement photographique : le temps qui passe. 
Le soin accordé à la lumière reste important, il permet toujours un éloignement d'une représentation réelle de l'objet. La focale crée du velouté, le velours soyeux de l'image ainsi figé comme dans un mouvement. Les feuilles bruissent encore d'un mouvement qui n'est qu'interrompu, comme suspendu. Notre imaginaire fait le reste. Bénédicte ne montre pas ce qui a été, mais ce qui est, ce qui dans un idéal poétique devrait être. 
Un pas de Tango, une rythmique atemporelle. 
Les couleurs se succèdent suivant une saisonnalité. Les cadres sont davantage ouverts sans pour autant devenir descriptifs. On ne campe pas de lieu, on reste dans un signifiant occultant le contexte, le décor, les personnes. Seul le sujet poétique importe. Aller à l'essentiel, comme l'essence des choses, ce temps qui passe, et le figer, le sortir du réel, lui donner une substance éternelle. 
Cette métaphore photographique est encore davantage renforcée par l'installation de bulles transparentes enfermant des morceaux de cuir aux couleurs automnales. La fragilité reste de mise, le mouvement est arrêté, reste imperceptible. Le spectateur fait le reste. La matière douce du cuir est rehaussée de reflets lumineux rythmant cette chute arrêtée. Les lucioles explosent l'espace. Ces ponctuations de lumière égrènent le temps, comme pour mieux le figer. Et là parterre, un petit tas se forme, rendant tangible ce mouvement insaisissable. Une exclamation finale. 
Enfin, la récurrence sonore, nous invitant à d'autres horizons, intrigue nos attendus devant un tel spectacle, et contribue à nous immerger dans un univers onirique. La boucle est bouclée. L’élément ainsi convoqué ne reste qu'une illusion, une allégorie. 
Il y a quelque chose de contemplatif, un goût d'extrême orient, un ailleurs lointain. Cette mise en scène théâtrale nous propose un langage fugace et limpide, et donne une matérialité à cet univers poétique qui prend corps dans l'espace. 
En questionnant ainsi la vacuité du temps qui passe, et l'impermanence de notre condition humaine, Bénédicte touche, orchestre une forme de simulacre, un opéra crépusculaire où tout se fige, s'arrête. Ô temps suspend ton vol, déclamerait le poète, et l'on se retrouve dans un souffle, gravé dans la mémoire rétinienne, comme dans un rêve. Emporté. Magique. 

Benjamin Kiffel

L’étendue de l’existence. 

Dans son existence propre et dans la relation qu’elle entretient à son contemplateur, l’œuvre d’art magnifie sa propre temporalité : elle est la vision d’un instant, scellée au plus profond de l’être, maintenant et à jamais. Elle n’en reste pas moins fugitive et fragile dans le fait qu’elle pose des temps virtuels qui ont toute leur importance. En plaçant des feuilles, signes d’un temps passé et présent, dans des sphères translucides, totalités mondes en réduction, Bénédicte Bach nous donne à voir cette fragilité-là ; étrangement, elle y met une certaine fermeté comme si l’éphémère ne pouvait être déterminé que par un acte fort, décidé et porté. Ainsi, elle ouvre notre regard de façon multiple à la fois sur le contenant et le contenu, nous mettant à distance de la chose que l’on regarde de tous les côtés, la « protège, [l’]isole et [la] soutient » selon l’expression de Joseph Beuys, la sacralisant à sa manière, nous la rendant à la fois accessible et hors de portée malgré la transparence. 

Nous nous fixons sur l’intérieur, cette feuille enfermée, marque de l’irrépressible fugacité de ce qui advient, figée dans la noblesse organique du cuir, mais environnée de la multitude d’autres feuilles, comme un éternel automne. Puis nous déplaçons notre attention par des mouvements discontinus, cheminant au gré du matériel et de l’immatériel, par à-coups, embrassant les détails, épousant la forme dans son ensemble, pour mieux en apprécier les éléments la constituant. Nous nous plongeons dans sa temporalité paradoxale, qui fait écho à notre propre lecture du temps. La mélancolie est là : elle nous envahit dans toute sa splendeur avec au bout, une fois encore, « l’illusion du sublime ». 

Allons voir du côté d’Andreï Tarkovski, l’austère cinéaste soviétique qui, comme nul autre, savait magnifier les arbres dans leur plus profonde nudité, traversés de lumière et irradiants de beauté. Avec sa sévérité légendaire, il n’aurait pas tellement apprécié qu’on l’invoque pour une œuvre autre que cinématographique, mais quand il s’attache à ce qu’il appelle « les liaisons poétiques » pour justifier son art, il ne mesure pas à quel point son propos dépasse le simple cadre du cinéma pour nous révéler d’autres formes tout aussi empreintes de magie: selon lui, tout se passe dans l’intervalle de l’enchaînement kinésique pour celui qui se met en quête de « vérité intérieure ». Je ne vois rien d’autre dans le travail de Bénédicte Bach, et notamment dans cette installation singulière. Le mouvement est immanent, cela signifie qu’il s’inscrit comme le principe même de l’œuvre. Virevoltant dans notre imaginaire avec les courbes ascendantes ou descendantes qu’elles dessinent mentalement en nous, les feuilles, qu’elles soient physiques ou en images, libèrent mille visions, dont chacune, mouvante et émouvante, nous rapproche de cette « vérité intérieure » si chère à Tarkovski. Nul doute qu’il aurait apprécié le travail de Bénédicte et reconnu en elle cette capacité à « explorer la vie » et à générer cette beauté que, selon lui et bien d’autres avant lui, seule « la poésie peut faire naître ». Avec cette installation, l’artiste rompt avec toute forme de linéarité et nous conduit, selon un cheminement qui lui est propre, à la prise de conscience dévorante de la condition temporelle de l’homme et de la femme, et le fait qu’ils naissent, vivent et se meuvent indéfiniment. 

Emmanuel Abela 

Qu'est-ce que le temps? 

C’est une des questions qui a le plus changé l'homme, au sens de son évolution et au sens sociétal. La conscience du temps en effet, reconnaître son flux, comprendre son caractère imparable et surtout son irréversibilité a donné à l'homme sa plus grande menace et sa pire promesse, l'obligeant à affronter la mort. De la réflexion qui s'en est suivie, l'homme a développé ses capacités cognitives et a créé des mécanismes pour échapper à cette condamnation: les religions, la morale et donc les sociétés. 

Mais la question est loin d'être résolue et même la définition objective du temps est complexe, car sa nature linéaire ou circulaire n’est toujours pas établie. Nous pourrions assister à la coexistence de deux théories: il y a un temps qui commence à la naissance et s’achève avec la mort et un qui, chaque jour, chaque mois, chaque année se répète. Un cycle de vie et un cycle de temporalité. 

Sans m'attarder sur les caractéristiques philosophiques qu'implique la notion de temps, intéressons-nous à la proposition de Bénédicte Bach autour de ce thème. En effet, avec son travail, Bénédicte nous invite dans une dimension autonome, dans laquelle la distinction entre les deux modèles de progression temporelle coexistent. "Progression temporelle" car, qu'il s'agisse d'un mouvement vers l'avant et sans retour ou d’une répétition et d'un cycle, l'idée de mouvement reste constante. 

A cet égard, la proposition de Bénédicte apparaît déjà hors des sentiers battus, et nous invite à analyser, à réfléchir sur cette double essence dans une perspective extemporanée. L’intérêt de cette exposition réside précisément dans le paradoxe de «percevoir le temps hors du temps». À cette fin, l'artiste crée une dimension spatiale dans laquelle le temps n'existe plus ou est extrêmement ralenti, comme si nous étions à l'intérieur d'un vaisseau spatial qui traverse l'univers à la vitesse de la lumière. Une sensation rendue possible par une utilisation particulière de l’espace, dans laquelle on se sent immergé dans un sablier en l'absence de gravité. Autour de nous, en effet, l'installation "Mobilis in mobili" nous plonge dans des bulles de verre qui, comme des gouttes ou des grains de sable, restent immobiles, gardant à l'intérieur des feuilles précieuses, symbole même du passage des saisons: celles de l'année mais aussi celles de la vie. En fait, au-delà de la chute, ce ne sont pas seulement des feuilles sèches, mais des feuilles de toutes les couleurs comme si elles étaient chacune le souvenir ou le reflet de quelque chose. Mais si la chute libre (comme le temps lui-même) est la représentation d'un mouvement linéaire et irréversible, les photographies analysent le temps dans sa nature cyclique. Les séries Sanguine, Oosphère, Poésie vernale, Azimut 90 °, tournent en boucle sur les écrans générant un intéressant compromis stylistique: les images racontent les saisons, le temps qui passe et revient inlassablement, inscrivant par là une certaine idée de la temporalité. 

Giuseppe Amapani 

Benoît de carpentier

Uchronies

14/03-25/04

Benoît de Carpentier vit et travaille en Alsace. Diplômé de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, il pratique la photographie plasticienne. Ses œuvres mêlent réalité et onirisme, parfois introspectives parfois tournées vers l’autre, souvent philosophiques et picturales.
Benoît de Carpentier expose régulièrement ses travaux, principalement à Strasbourg et Paris. Il enseigne la photographie et anime des projets photographiques en milieu scolaire de la primaire au secondaire.
L'exposition est visible du 14 mars au 25 avril 2020. Vernissage le samedi 14 mars en présence de l'artiste à 18h30.

marco pantani team

#2 Waterzoï y pimiento

07/05-17/05

alain willaume

coordonnées 72/18

28/05-11/07

Loin de toute notion documentaire, la métaphore habite le travail d’Alain Willaume. Expérimentateur de formes, il développe une œuvre singulière en prise avec le monde qu’il sillonne et observe depuis de nombreuses années, interrogeant la pratique même de la photographie. Sous l’influence de longs voyages et à l’écart des courants, il dresse une cartographie personnelle faite d’images énigmatiques et engagées qui toutes racontent la violence et la vulnérabilité du monde et des humains qui l’habitent.
Membre du collectif Tendance Floue depuis 2010, Alain Willaume est photographe et commissaire d’exposition indépendant et enseignant à la Haute école des arts du Rhin de Strasbourg et à l’École nationale supérieure d’art de Nancy. Il a été l’un des commissaires du programme d’expositions INDIA qu’il a initié aux Rencontres d’Arles 2007, et a dirigé l’ouvrage India Now : Nouvelles visions photographiques de l’Inde contemporaine publié par Thames & Hudson et Textuel en 2007. Il a également été directeur artistique de India Photo Now 2008, une année de photographie en Inde. Sa dernière monographie, Bords du gouffre,a été publiée chez Textuel à Paris et exposée aux Rencontres d’Arles 2003. Il a remporté le Prix Kodak de la critique photographique, ainsi que le premier prix du Sony World Photography Award 2011, catégorie Portraits.
L'exposition est visible du 28 mai au 11 juillet 2020. Vernissage le jeudi 28 mai en présence de l'artiste à partir de 18h30.

Nina E.Schönefeld

Trilogy Of tomorrow

08/11-21/12

Nina E. Schönefeld est une artiste multidisciplinaire vivant à Berlin. Diplômée des Beaux-Arts de Berlin et Londres, Nina E. Schönefeld a également une formation scientifique. Ce point de départ particulier lui permet d’aller au-delà des catégories artistiques habituelles dans sa pratique dans une approche transversale. Dans ses installations, ses vidéos, ses sculptures et son utilisation de la lumière, l’artiste questionne le monde contemporain à travers les changements politiques, sociaux et numériques de la société. Elle interroge les rôles contemporains des artistes, explorant les relations entre l’art, les films à succès et l’ère numérique actuelle.
Nina E. Schönefeld a participé à de nombreuses expositions (en solo ou collective) dans le monde entier, les dernières ayant eu lieu en Corée, en Italie, en Chine, en Allemagne et à New-York notamment. Elle présente Trilogy of Tomorrow pour la première fois en France.
« Au cas où il y aurait un changement politique radical dans votre pays, vous aurez besoin de conseils et d’engins spéciaux pour survivre … Préparez-vous. »
L'exposition est visible du 8 novembre au 21 décembre 2019. Vernissage le vendredi 8 novembre à partir de 18h30 en présence de l'artiste

Le monde de demain

Avec sa TRILOGY OF TOMORROW, Nina E.Schönefeld nous emmène dans un univers de fiction, d'anticipation.
 La Terre va mal, les dégâts du changement climatique sont visibles, les cycles déraillent, les plantes poussent de façon industrielle, dopées par l'appât du gain d'un système économique qui a perdu le sens de la raison. Les animaux sont devenus rares. La catastrophe est proche. 

La narration de ces films se construit en 3 temps.
 Un premier temps pour poser le constat, une narration fluide, esthétique, des paysages. La lenteur contemplative des plans fonctionne avec une rhétorique poétique.
 Un deuxième temps accordé au combat. Une galerie de portrait, d'héroïnes engagées, à la Lara Croft. Ce sont des jeunes gens qui défilent en mouvement dans un monde à sauver. Des archanges du futur.
 Enfin une dernière partie sous forme de conclusion, l'avenir reste incertain. 

Ce mode narratif fait penser au découpage classique de Woody Allen : le Syd field paradigm, mais le propos n'est pas celui du cinéaste américain, ici pas de point de bascule, pas de suspens cinématographique, pas d'intrigue à proprement parler. L'univers de l'artiste berlinoise emprunte des codes à différents registres : le clip, la série Netflix, le cinéma, la science-fiction, le jeu vidéo. Une dimension contemplative à l'esthétique léchée, de longs plans fixes en mode onirique, puis une narration syncopée qui déconstruit les dialogues et insère des images de synthèse à des prises de vue réelle. La photographie est belle, ciselée, radicale. Le noir et blanc succède à la couleur. Nina mêle savamment une rythmique musicale MTV à des éléments de films de science-fiction. Les images révèlent un rapport au temps distordu, elliptique. Les personnages se confrontent à nous face caméra, nous toisent, nous imposent un choix. 

Nina transgresse chacun de ces codes culturels pour construire un langage immédiatement identifiable. Elle recompose des éléments communs pour créer son propre style. Nous sommes devant un objet purement artistique ancré dans les problématiques d'une époque. 

On perçoit également de la douceur, de la nostalgie parfois. Un goût de l'enfance, des souvenirs enfouis comme l'odeur d'un bonbon ou d'une chanson acidulée. Une forme d'innocence. Une tendresse fraternelle. Un Eden. Les personnages ne sont pas des super héros hollywoodiens, ils sont en quête d'identité, de vérité, de fraternité. Ce sont des jeunes gens ordinaires, des femmes d'aujourd'hui. 

Le monde Nina E.Schönefeld est proche d'un chaos, d'une apocalypse annoncée, et pourtant il reste une lueur d'espoir. Une autre issue est possible. L'heure des choix. Trilogy Of Tomorrow pose des questions essentielles sur l'évolution de l'humanité, sur notre responsabilité citoyenne, sur l'engagement de la jeunesse. L'artiste propose une œuvre belle et troublante. Un pur moment de grâce. Superbe et émouvant. 

« Le Monde de demain quoi qu'il advienne nous appartient, la puissance est dans nos mains » (NTM) 

Benjamin Kiffel 

Conditionnel présent, futur subjectif. 

« Au cas où il y aurait un changement politique radical dans votre pays, vous aurez besoin de conseils et d’engins spéciaux pour survivre. Préparez-vous.» Un avertissement liminaire de l’artiste qui endosse d’emblée avec sa Trilogy of Tomorrow le rôle de lanceuse d’alerte. Dans chacun des volets de ce triptyque vidéo - Dark Waters, Snow Fox et L.E.O.P.A.R.T. - le parti pris est radical. Le spectateur est ainsi confronté à un futur plausible à partir d’une projection sociétale contemporaine et ses dérives. 

L’artiste n’est pas un être hors-sol : il réfléchit son art et produit un discours qui s’inscrit en réaction, en confrontation ou en osmose avec son environnement pour dévoiler le monde d’un point de vue différent. Cette trilogie vidéo est construite comme un espace d’interpellation : Nina E.Schönefeld y questionne la dimension environnementale, sociale et politique de la société contemporaine où il n’est plus question de vie mais de survie. Cette éveilleuse de conscience s’inscrit ainsi complètement dans la veine des artistes politiques au sens donné par Lucy Lippard. 

Toutefois, Trilogy of Tomorrow ne peut être réduite à un effet de message d’alerte. L’artiste s’appuie en effet sur une narration dans ses vidéos qui renvoie à la littérature et au cinéma d’anticipation dans une esthétique soignée. Le spectateur est alors confronté à un nouveau langage qui pourtant, lui semble familier. Elle joue des codes, construit de nouvelles combinaisons donnant ainsi plus de force et d’impact à son discours. De plans fixes en gimmicks, les images s’enchaînent dans une arythmie maîtrisée provoquant parfois une sensation vertigineuse, le tout formant un langage visuel séduisant et accessible. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce parti pris n’est ni plus ni moins qu’une façon pour l’artiste de créer de la complicité avec le spectateur pour lui permettre ensuite de prendre conscience de sa propre responsabilité. 

Un propos politique incarné également par les héroïnes des trois vidéos, visages de la résistance et de la lutte. Des femmes jeunes, libres et indépendantes. Des femmes rompues aux disciplines scientifiques de pointe. Des pirates d’un nouveau genre : des amazones du XXIème siècle qui avancent, à la frontière du bien et du mal, adeptes de la transgression des règles pour résister à une forme de totalitarisme et préserver la liberté. Si comme Jonathan Horowitz, Nina E.Schönefeld se réapproprie les codes culturels contemporains pour mieux les détourner, elle décale là encore son regard pour y introduire quelque chose de l’ordre du dérisoire et du jeu, transformant la présentation des personnages avant le combat en défilé de mode pour égéries de marque de streetwear. 

Avec Trilogy of Tomorrow, Nina E.Schönefeld impose son propre langage et sa vision politique du monde contemporain. Un propos puissant, subtil et résolument actuel. Plus qu’un message d’alerte, la berlinoise prépare la résistance artistique. Êtes-vous prêts ? 

Bénédicte Bach 

L’art nous offre la possibilité de rendre visibles nos mondes intérieurs, de leur donner corps dans l’espoir de changer la réalité. Nina E.Schönefeld, avec sa Trilogy of Tomorrow, nous livre sa vision futuriste, imprégnée par une atmosphère de catastrophe imminente, de fragilité irréversible, de détérioration incessante des ressources et des valeurs fondatrices de la société contemporaine. Une vision fictionnelle de l’avenir qui interroge nos positions face à notre propre futur. 

La narration s’exprime par des formes diverses, images graphiques en mouvement, prise de vue, stop-motion etc...., assemblées et alternées dans un rythme instable, parfois presque violent, comme s’il s’agissait d’une danse visuelle frénétique. Malgré l’apparente déconstruction de l’ensemble, ce choix des formes et des nuances de couleurs crée un système fluide et homogène. La variété du rythme est soutenue par la musique cadencée qui dessine les limites temporelles de l’évolution narrative de chaque séquence. 

Dans “Dark Waters”, l’artiste nous donne également un moment de plaisir nostalgique, plongé dans les sons harmonieux des années 70 de José Luis Perales. Ce moment de flashback narratif rompt avec l’identité stylistique qui unit l’intégralité des œuvres exposées. 

Le montage dans sa globalité est le résultat d’un jeu complexe d’articulations qui témoigne d’une recherche virtuose. Une quête ambitieuse menée à bien. La production est enrichie par la présence de différentes techniques cinématographiques toujours bien développées. 

Les formes, d’une beauté raffinée et d’une apparence irréelle, sont étudiées dans toutes leurs déclinaisons. Les éléments naturels, les paysages, les graphismes abstraits en mouvement, les plans en portrait sur les personnages et sur les détails des animaux nous ramènent à un seul univers dans lequel on respire un air froid, dans lequel il n’y a peut-être plus d’espace pour la chaleur et pour les émotions qui font de nous des êtres humains. L’atmosphère de suffocation post-apocalyptique d’un futur imaginé par Nina est amplifié par les nuances froides et aseptisées des couleurs qui vident les éléments visuels de leur composante vitale. Cette pâleur sans vie est brutalement interrompue par des interférences chromatiques vives, comme une touche glamour-pop, des séquences vidéo et des gifs, et signent une ambition plastique. 

A l’aide de l’art vidéo, elle crée un paradoxe entre ce qui est montré et ce qui est perçu. La force du travail de Nina E.Schönefeld réside dans sa capacité à transmettre un message d’anxiété tangible résultant de dérives scientifiques, des guerres et plus généralement des abus des êtres humains sur la nature en utilisant un langage artistique poétique et une attention à l’esthétique des choses. L’ambivalence entre l’horreur du sujet et la beauté des images pour le décrire nous oblige à réfléchir et à chercher une réponse à la question : est-il possible de la beauté même dans la catastrophe ? La catastrophe peut-elle être belle ? 

Giuseppe Amapani 

Le corps du monde 

Comme le futur reste à écrire, Nina E. Schönefeld se propose de l’écrire pour nous : un futur pas si lointain dans lequel les océans meurent et où il est impossible de s’y baigner davantage, si ce n’est en eaux troubles. Silver Ocean, une pilote d’hélicoptère est missionnée. Sa mission ? Classée. Tout au plus sait-on qu’elle se doit d’être la plus « effective » possible. Sa team la suit, l’épaule, la supplée. Sa mission ? Elle aussi, classée. Le pire sans doute, c’est l’indifférence de l’univers. Tel le poison qu’elles répandent malgré elles, les méduses progressent dans leur forme plastifiée – on ne choisit pas sa destinée. Notre Ophélie de demain n’y changera rien. Plongeons à ses côtés, et nageons à « la surface des regrets »

La quête se situe ailleurs : une sœur disparue, et le risque perçu comme une possibilité. Comme une nécessité. Entrons dans la danse : celle-ci s’exécute avec le déhanché qui s’impose. Traces de vie ? Que nenni ! Le rythme nous submerge tous, il nous emporte comme « la vague irrésolue ». Popcorn s’étouffe au fond d’un jukebox, et l’appareil d’État masque les traces de radiation. Anticipation ? Pas sûr. Réalité ? Notre réalité, celle d’une société exsangue. Les technologies invasives engendrent l’aveuglement. La perte collatérale : « Le goût du monde ou cette étoffe sensible du temps », comme disait le philosophe. Le sentiment de vacuité, de vacance de l’être, l’emporte inexorablement. Et pourtant, la nature reste si belle, elle contraste avec ces piètres tentatives de nous faire croire que nous ne sommes responsables de rien. Moi, responsable ? Jamais ! Je ne suis pas responsable. Je ne suis pas responsable. Je ne suis pas responsable. Alors qui est responsable ? « Et nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin », écrivait le poète. 

Les agents d’État, uniformisés-gantés-casqués-armés, ont beau gesticuler, traquer et ouvrir des portes sans fin, ils se heurtent au vide de notre propre conscience. L’héroïne se dresse comme un rempart sublime, et nous livre, sublime, son corps et sa chair : rien n’est joué, tant que ça n’est pas terminé. Et quelques notes frivoles de Cambodia résonnent dans nos têtes amnésiques. Mais ça c’était avant, avant le choc ! Le corps d’un animal gît sur la chaussée – c’était sans doute le dernier au monde –, tout comme le corps ensanglanté de notre dernier cauchemar cinétique. Autant l’achever –n’achève-t-on pas les chevaux quand ils ne franchissent pas la haie?– et l’abandonner. La mort n’est rien, n’est-ce pas ? 

Là aussi l’indifférence règne. Indifférence vague, mais qui s’emploie à nous éloigner tous les jours un peu plus. De quoi au juste ? Des dernières traces de notre humanité, celle qui nous permettait de nous fondre dans le paysage et d’apprécier son infinie beauté. Celle qui nous offre ici une dernière possibilité d’entrer dans le corps du monde. 

Emmanuel Abela 

Journées d'architecture

métropoles benjamin Kiffel

11/10-31/10

Dans le carde des journées d'architecture organisées par Maison européenne de l'architecture - Rhin supérieur, la Galerie La Pierre large vous propose une déambulation nocturne, une rencontre autour d'une exposition.
En quoi la lumière façonne t-elle la ville? Pourquoi l'éclairage public est-il un élément essentiel de l'espace urbain? Comment allier les enjeux de sécurité, de mise en valeur architecturale et d'éco-responsabilité? Comment dessiner la ville de demain?
Vincent Longy Cci de Lighting Grand Est, association d'entreprises de la filière éclairage s'associe à la Galerie La Pierre large, au photographe Benjamin Kiffel et à Pierre Albrecht responsable de l'éclairage public de L'Eurométropole de Strasbourg pour une déambulation nocturne commentée.
Rendez-vous Le Samedi 12 octobre à 20h30 devant la médiathèque André Malraux  (parcours d'1h environ).
Après cette déambulation, la galerie la pierre large vous accueille pour l'exposition Journées d'architecture Métropoles de Benjamin Kiffel qui explore au travers du prisme de la lumière sa poésie architecturée et urbaine.
L'exposition Métropoles est visible du 11 au 31 octobre 2019 et le dimanche 13 octobre de 16h - 19h.
https://www.m-ea.eu/
ww.lighting-grandest.com
www.strasbourg.eu 

Le travail de Benjamin Kiffel est résolument centré sur un univers urbain, univers qu’il explore de longue date dans son registre photographique notamment, à travers le prisme de la lumière en révélant ainsi sa poésie pour mieux l’inscrire dans nos mémoires.

Avec Métropoles, Benjamin Kiffel questionne la « ville-mère », l’espace architecturé de la cité dans ce que l’éclairage public en dévoile. Cette réflexion, abordée précédemment sous l’angle industriel (Port du Rhin Strasbourg, Nocturnes, Extérieur nuit) ou plus baroque (Roma, inspiration baroque) est portée ici par un discours formellement expressionniste. Milan, Barcelone et Berlin. Du sud au nord, trois villes, le même regard. Des noirs et blancs structurés et contrastés qui font naturellement écho au cinéma de Fritz Lang et aux photomontages de Paul Citroen.

D’abord les yeux rivés sur la skyline milanaise, on plonge progressivement vers le cœur de la ville à Barcelone pour finir dans un tourbillon lumineux à Berlin. Le noir des gratte-ciels milanais, frontière entre terre et ciel, se concentre et s’ouvre à la nuit pour donner toute sa place à la lumière à Berlin et recomposer l’espace. La ville, d’abord labyrinthe verticalisé, se déploie des profondeurs à la surface pour finir dans une spirale étincelante.

Avec ses divagations spatiales, Benjamin Kiffel nous offre de nouvelles cartes mentales, éminemment subjectives, dans la droite ligne des expressionnistes. Le point de vue est radical, tant dans les cadrages que dans la composition et les superpositions. La réalité est bousculée pour provoquer une réaction émotionnelle du spectateur. Chacune des séries présentées dans cette exposition – « Supernova », «Vertigo» et «Das licht» – est une reconstruction de l’espace en une ville imaginaire dans laquelle la lumière, le plus souvent artificielle, semble en faire battre le cœur.

Dans cette vision d’une intensité forte, Benjamin Kiffel passe ainsi de la dystopie des expressionnistes à une utopie nouvelle. Il se dégage une impression de légèreté et de fragilité dans ses superpositions. La lumière se fait dentelle et vient souligner un paysage urbain quotidien, comme un vêtement de luxe. Les perspectives sont bousculées à dessein par l’artiste qui s’attache aux lignes architecturales des lieux dans une écriture nouvelle.

Le rapport au temps est également déconnecté du réel. Ici, passé, présent et avenir sont intimement mêlés. Les strates s’empilent et s’emboîtent dans un ordonnancement méthodique, une mise en exergue systématique d’un paysage particulier hors du temps ouvrant de nouveaux horizons.

En portant son regard expressionniste sur ces trois métropoles – Milan, Barcelone et Berlin – Benjamin Kiffel marque l’empreinte d’une réalité urbaine et architecturale redessinée à l’aune de l’éclairage public. Une vision utopique et onirique, une écriture déstructurée et multidimensionnelle, un équilibre intemporel et flottant : la mémoire poétisée d’une urbanité particulière.

Bénédicte Bach 


Le désordre des choses 

 

Il y a de la séduction dans les noirs et les blancs, que l’on devine verts, jaunes, ou bleus, emmitouflés dans les nuages. Benjamin Kiffel est attentif à la séduction du monde, la nuit, dans les villes, car la séduction est l’artifice du monde et les photographes, souvent, cherchent à séduire nos regards.
Est-ce que “la séduction est restée dans l’ombre- qu’elle y soit rentrée définitivement” comme le pensait Jean Beaudrillard ?

Avec les images de cette série, elle se joue des lumières.

Ponctuations urbaines, traits d’ombres, lasers de rien, photons colorés de lumières imaginaires, invisibles pour l’œil nu, on y divague, on se distord, à la recherche de ce qui nous rapproche d’une réconciliation entre le réel et nous, les hommes. 
Ce qui peuple les images, s'isole, prend sens, et montre ce que la ville sait produire… puis l’ensemble renvoi à une esthétique possible, déconstruite avec soin.

Les sujets sont captés pour être les prétextes de la répartition de la lumière et des ombres.  Les nuages de pixels enchevêtrent les trames brutes des étages empilés, des escaliers signifiés, calibrés, courbés, torsadés, cabrés, ensoleillés. Ils s‘exposent, se surexposent, s’enchevêtrent, se reflètent, en abyme, claquant les superpositions de cliques de calques, mixant l’ombre des pénombres, entre les trames et les grilles, ils martèlent les strates et les couches.  

On en vient à chercher le haut et le bas, l’échelle du détail, la profondeur des plans, la nature du fragment, genèse d’une série construisant les diagonales de l’image.  Parfois le passage d'un humain est volé au fond de l'image ; parfois un mot blanc ; parfois, on s'interroge : est-ce un négatif ?

Le graphisme prend le dessus, enfermant le regard dans un cadre où la pupille galope, à la quête de l’écho, de la raison des résonnances, hors d’échelles dans les surexpositions ; il y fait sa loi. 

Les plans s’empilent, se recouvrent, se dispersent. L'œil est perdu, mais le cerveau l’amarre ; il suffit de regarder la simple complexité du monde, c'est devant nos yeux…

Jean Mathieu Collard 

Personne (ou presque) …seulement des réverbérations dans du pur espace urbain.   Mais il ne s'agit jamais d’un espace statique, la lumière met en mouvement nos pensées dans des espaces à première vue figés. Peu importe le lieu, une ville ou une autre. Pourquoi pas Milan, Barcelone ou Berlin. C’est le moment, ou plusieurs moments, plusieurs instants superposés. Monochromes. D’un blanc éclatant et d’un noir sombre, mais c’est la lumière qui gagne toujours contre les ténèbres, c’est elle qui délimite toujours les espaces. Il n’y a pas d’espace pour l’homme, la ville vit sa propre vie.

Un kaléidoscope de superpositions où les lumières forment toujours d’autres images, une reconstruction enivrante de la réalité comme nouvelle tangibilité. La condensation presque obsessionnelle des choix de prises de vue de l’artiste pour former l’image, telle qu’il la voit. On s'aperçoit alors que ses images sont une opération progressive de sa pensée et de son œil, pour exprimer un état d’âme, fixer un instant, des impressions.

Un concentré d’image pour obtenir le mouvement tout comme dans le Futurisme et en mesure de transmettre la richesse et la singularité d’un espace urbain.  Des images tellement riches qu’on tourne autour, on cherche un repère dans des villes qu’on connaît, on le trouve parfois, tantôt il faut demander à l’auteur. On s'aperçoit alors que ses photos sont tellement riches, que sa vision de la réalité nous offre une telle abondance que nous sommes obligés de la contourner avant de pouvoir la reconnaître.  On en cherche la solution, on la trouve parfois mais souvent elle demande toujours du temps pour pouvoir la décrypter. 

Benjamin n’a pas de solution standard ; pas de recette pour déchiffrer ses impressions. Pour que nous puissions avoir nos propres repères il faut être prêt, on doit couper sur le vif, simplifier.

Une exposition à voir...à revoir…sans modération.

Maurizio Pagotto