Nina E.Schönefeld

Trilogy Of tomorrow

08/11-21/12

Nina E. Schönefeld est une artiste multidisciplinaire vivant à Berlin. Diplômée des Beaux-Arts de Berlin et Londres, Nina E. Schönefeld a également une formation scientifique. Ce point de départ particulier lui permet d’aller au-delà des catégories artistiques habituelles dans sa pratique dans une approche transversale. Dans ses installations, ses vidéos, ses sculptures et son utilisation de la lumière, l’artiste questionne le monde contemporain à travers les changements politiques, sociaux et numériques de la société. Elle interroge les rôles contemporains des artistes, explorant les relations entre l’art, les films à succès et l’ère numérique actuelle.
Nina E. Schönefeld a participé à de nombreuses expositions (en solo ou collective) dans le monde entier, les dernières ayant eu lieu en Corée, en Italie, en Chine, en Allemagne et à New-York notamment. Elle présente Trilogy of Tomorrow pour la première fois en France.
« Au cas où il y aurait un changement politique radical dans votre pays, vous aurez besoin de conseils et d’engins spéciaux pour survivre … Préparez-vous. »
L'exposition est visible du 8 novembre au 21 décembre 2019. Vernissage le vendredi 8 novembre à partir de 18h30 en présence de l'artiste

Le monde de demain

Avec sa TRILOGY OF TOMORROW, Nina E.Schönefeld nous emmène dans un univers de fiction, d'anticipation.
 La Terre va mal, les dégâts du changement climatique sont visibles, les cycles déraillent, les plantes poussent de façon industrielle, dopées par l'appât du gain d'un système économique qui a perdu le sens de la raison. Les animaux sont devenus rares. La catastrophe est proche. 

La narration de ces films se construit en 3 temps.
 Un premier temps pour poser le constat, une narration fluide, esthétique, des paysages. La lenteur contemplative des plans fonctionne avec une rhétorique poétique.
 Un deuxième temps accordé au combat. Une galerie de portrait, d'héroïnes engagées, à la Lara Croft. Ce sont des jeunes gens qui défilent en mouvement dans un monde à sauver. Des archanges du futur.
 Enfin une dernière partie sous forme de conclusion, l'avenir reste incertain. 

Ce mode narratif fait penser au découpage classique de Woody Allen : le Syd field paradigm, mais le propos n'est pas celui du cinéaste américain, ici pas de point de bascule, pas de suspens cinématographique, pas d'intrigue à proprement parler. L'univers de l'artiste berlinoise emprunte des codes à différents registres : le clip, la série Netflix, le cinéma, la science-fiction, le jeu vidéo. Une dimension contemplative à l'esthétique léchée, de longs plans fixes en mode onirique, puis une narration syncopée qui déconstruit les dialogues et insère des images de synthèse à des prises de vue réelle. La photographie est belle, ciselée, radicale. Le noir et blanc succède à la couleur. Nina mêle savamment une rythmique musicale MTV à des éléments de films de science-fiction. Les images révèlent un rapport au temps distordu, elliptique. Les personnages se confrontent à nous face caméra, nous toisent, nous imposent un choix. 

Nina transgresse chacun de ces codes culturels pour construire un langage immédiatement identifiable. Elle recompose des éléments communs pour créer son propre style. Nous sommes devant un objet purement artistique ancré dans les problématiques d'une époque. 

On perçoit également de la douceur, de la nostalgie parfois. Un goût de l'enfance, des souvenirs enfouis comme l'odeur d'un bonbon ou d'une chanson acidulée. Une forme d'innocence. Une tendresse fraternelle. Un Eden. Les personnages ne sont pas des super héros hollywoodiens, ils sont en quête d'identité, de vérité, de fraternité. Ce sont des jeunes gens ordinaires, des femmes d'aujourd'hui. 

Le monde Nina E.Schönefeld est proche d'un chaos, d'une apocalypse annoncée, et pourtant il reste une lueur d'espoir. Une autre issue est possible. L'heure des choix. Trilogy Of Tomorrow pose des questions essentielles sur l'évolution de l'humanité, sur notre responsabilité citoyenne, sur l'engagement de la jeunesse. L'artiste propose une œuvre belle et troublante. Un pur moment de grâce. Superbe et émouvant. 

« Le Monde de demain quoi qu'il advienne nous appartient, la puissance est dans nos mains » (NTM) 

Benjamin Kiffel 

Conditionnel présent, futur subjectif. 

« Au cas où il y aurait un changement politique radical dans votre pays, vous aurez besoin de conseils et d’engins spéciaux pour survivre. Préparez-vous.» Un avertissement liminaire de l’artiste qui endosse d’emblée avec sa Trilogy of Tomorrow le rôle de lanceuse d’alerte. Dans chacun des volets de ce triptyque vidéo - Dark Waters, Snow Fox et L.E.O.P.A.R.T. - le parti pris est radical. Le spectateur est ainsi confronté à un futur plausible à partir d’une projection sociétale contemporaine et ses dérives. 

L’artiste n’est pas un être hors-sol : il réfléchit son art et produit un discours qui s’inscrit en réaction, en confrontation ou en osmose avec son environnement pour dévoiler le monde d’un point de vue différent. Cette trilogie vidéo est construite comme un espace d’interpellation : Nina E.Schönefeld y questionne la dimension environnementale, sociale et politique de la société contemporaine où il n’est plus question de vie mais de survie. Cette éveilleuse de conscience s’inscrit ainsi complètement dans la veine des artistes politiques au sens donné par Lucy Lippard. 

Toutefois, Trilogy of Tomorrow ne peut être réduite à un effet de message d’alerte. L’artiste s’appuie en effet sur une narration dans ses vidéos qui renvoie à la littérature et au cinéma d’anticipation dans une esthétique soignée. Le spectateur est alors confronté à un nouveau langage qui pourtant, lui semble familier. Elle joue des codes, construit de nouvelles combinaisons donnant ainsi plus de force et d’impact à son discours. De plans fixes en gimmicks, les images s’enchaînent dans une arythmie maîtrisée provoquant parfois une sensation vertigineuse, le tout formant un langage visuel séduisant et accessible. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce parti pris n’est ni plus ni moins qu’une façon pour l’artiste de créer de la complicité avec le spectateur pour lui permettre ensuite de prendre conscience de sa propre responsabilité. 

Un propos politique incarné également par les héroïnes des trois vidéos, visages de la résistance et de la lutte. Des femmes jeunes, libres et indépendantes. Des femmes rompues aux disciplines scientifiques de pointe. Des pirates d’un nouveau genre : des amazones du XXIème siècle qui avancent, à la frontière du bien et du mal, adeptes de la transgression des règles pour résister à une forme de totalitarisme et préserver la liberté. Si comme Jonathan Horowitz, Nina E.Schönefeld se réapproprie les codes culturels contemporains pour mieux les détourner, elle décale là encore son regard pour y introduire quelque chose de l’ordre du dérisoire et du jeu, transformant la présentation des personnages avant le combat en défilé de mode pour égéries de marque de streetwear. 

Avec Trilogy of Tomorrow, Nina E.Schönefeld impose son propre langage et sa vision politique du monde contemporain. Un propos puissant, subtil et résolument actuel. Plus qu’un message d’alerte, la berlinoise prépare la résistance artistique. Êtes-vous prêts ? 

Bénédicte Bach 

L’art nous offre la possibilité de rendre visibles nos mondes intérieurs, de leur donner corps dans l’espoir de changer la réalité. Nina E.Schönefeld, avec sa Trilogy of Tomorrow, nous livre sa vision futuriste, imprégnée par une atmosphère de catastrophe imminente, de fragilité irréversible, de détérioration incessante des ressources et des valeurs fondatrices de la société contemporaine. Une vision fictionnelle de l’avenir qui interroge nos positions face à notre propre futur. 

La narration s’exprime par des formes diverses, images graphiques en mouvement, prise de vue, stop-motion etc...., assemblées et alternées dans un rythme instable, parfois presque violent, comme s’il s’agissait d’une danse visuelle frénétique. Malgré l’apparente déconstruction de l’ensemble, ce choix des formes et des nuances de couleurs crée un système fluide et homogène. La variété du rythme est soutenue par la musique cadencée qui dessine les limites temporelles de l’évolution narrative de chaque séquence. 

Dans “Dark Waters”, l’artiste nous donne également un moment de plaisir nostalgique, plongé dans les sons harmonieux des années 70 de José Luis Perales. Ce moment de flashback narratif rompt avec l’identité stylistique qui unit l’intégralité des œuvres exposées. 

Le montage dans sa globalité est le résultat d’un jeu complexe d’articulations qui témoigne d’une recherche virtuose. Une quête ambitieuse menée à bien. La production est enrichie par la présence de différentes techniques cinématographiques toujours bien développées. 

Les formes, d’une beauté raffinée et d’une apparence irréelle, sont étudiées dans toutes leurs déclinaisons. Les éléments naturels, les paysages, les graphismes abstraits en mouvement, les plans en portrait sur les personnages et sur les détails des animaux nous ramènent à un seul univers dans lequel on respire un air froid, dans lequel il n’y a peut-être plus d’espace pour la chaleur et pour les émotions qui font de nous des êtres humains. L’atmosphère de suffocation post-apocalyptique d’un futur imaginé par Nina est amplifié par les nuances froides et aseptisées des couleurs qui vident les éléments visuels de leur composante vitale. Cette pâleur sans vie est brutalement interrompue par des interférences chromatiques vives, comme une touche glamour-pop, des séquences vidéo et des gifs, et signent une ambition plastique. 

A l’aide de l’art vidéo, elle crée un paradoxe entre ce qui est montré et ce qui est perçu. La force du travail de Nina E.Schönefeld réside dans sa capacité à transmettre un message d’anxiété tangible résultant de dérives scientifiques, des guerres et plus généralement des abus des êtres humains sur la nature en utilisant un langage artistique poétique et une attention à l’esthétique des choses. L’ambivalence entre l’horreur du sujet et la beauté des images pour le décrire nous oblige à réfléchir et à chercher une réponse à la question : est-il possible de la beauté même dans la catastrophe ? La catastrophe peut-elle être belle ? 

Giuseppe Amapani 

Le corps du monde 

Comme le futur reste à écrire, Nina E. Schönefeld se propose de l’écrire pour nous : un futur pas si lointain dans lequel les océans meurent et où il est impossible de s’y baigner davantage, si ce n’est en eaux troubles. Silver Ocean, une pilote d’hélicoptère est missionnée. Sa mission ? Classée. Tout au plus sait-on qu’elle se doit d’être la plus « effective » possible. Sa team la suit, l’épaule, la supplée. Sa mission ? Elle aussi, classée. Le pire sans doute, c’est l’indifférence de l’univers. Tel le poison qu’elles répandent malgré elles, les méduses progressent dans leur forme plastifiée – on ne choisit pas sa destinée. Notre Ophélie de demain n’y changera rien. Plongeons à ses côtés, et nageons à « la surface des regrets »

La quête se situe ailleurs : une sœur disparue, et le risque perçu comme une possibilité. Comme une nécessité. Entrons dans la danse : celle-ci s’exécute avec le déhanché qui s’impose. Traces de vie ? Que nenni ! Le rythme nous submerge tous, il nous emporte comme « la vague irrésolue ». Popcorn s’étouffe au fond d’un jukebox, et l’appareil d’État masque les traces de radiation. Anticipation ? Pas sûr. Réalité ? Notre réalité, celle d’une société exsangue. Les technologies invasives engendrent l’aveuglement. La perte collatérale : « Le goût du monde ou cette étoffe sensible du temps », comme disait le philosophe. Le sentiment de vacuité, de vacance de l’être, l’emporte inexorablement. Et pourtant, la nature reste si belle, elle contraste avec ces piètres tentatives de nous faire croire que nous ne sommes responsables de rien. Moi, responsable ? Jamais ! Je ne suis pas responsable. Je ne suis pas responsable. Je ne suis pas responsable. Alors qui est responsable ? « Et nous qui feignons de croire que tout cela est d’un seul temps et d’un seul pays, et qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n’entendons pas qu’on crie sans fin », écrivait le poète. 

Les agents d’État, uniformisés-gantés-casqués-armés, ont beau gesticuler, traquer et ouvrir des portes sans fin, ils se heurtent au vide de notre propre conscience. L’héroïne se dresse comme un rempart sublime, et nous livre, sublime, son corps et sa chair : rien n’est joué, tant que ça n’est pas terminé. Et quelques notes frivoles de Cambodia résonnent dans nos têtes amnésiques. Mais ça c’était avant, avant le choc ! Le corps d’un animal gît sur la chaussée – c’était sans doute le dernier au monde –, tout comme le corps ensanglanté de notre dernier cauchemar cinétique. Autant l’achever –n’achève-t-on pas les chevaux quand ils ne franchissent pas la haie?– et l’abandonner. La mort n’est rien, n’est-ce pas ? 

Là aussi l’indifférence règne. Indifférence vague, mais qui s’emploie à nous éloigner tous les jours un peu plus. De quoi au juste ? Des dernières traces de notre humanité, celle qui nous permettait de nous fondre dans le paysage et d’apprécier son infinie beauté. Celle qui nous offre ici une dernière possibilité d’entrer dans le corps du monde. 

Emmanuel Abela 

Bénédicte Bach

Impermanences

09/01-22/02

Bénédicte Bach met en lumière la poésie du monde dans une écriture polymorphe qui lui permet de s’affranchir des frontières artistiques habituelles. Tantôt photographique, tantôt littéraire, tantôt sous forme d’installation ou de performance, il s’agit de rentrer au cœur de la matière, de tisser des liens entre les univers pour construire une narration ouvrant vers l’imaginaire.
Depuis 2016, elle explore le médium photographique. Son approche questionne l'abstraction, joue avec les détails, explore la lumière, transcende le réel. Les objets choisis n'ont d'intérêt que pour leur capacité à être réutilisés dans une construction globale poétique cohérente. ​ Les textures créées jouent des matières, immersives, dans lesquelles on plonge. L'expression est sensorielle, touche les sens, donne de l'épaisseur. Une obsession, une fragrance.
Une poétique du détail que l'on retrouve dans ses installations et interventions dans l'espace public. Conçues comme des invitations à un imaginaire, elles se déclinent autour d'une écriture, de récurrences, de suspensions.
Bénédicte Bach raconte des histoires.
L'exposition est visible du 9 janvier au 22 février 2020.  Vernissage le jeudi 9 janvier à partir de 18h30.

Benoît de carpentier

Uchronies

14/03-25/04

Benoît de Carpentier vit et travaille en Alsace. Diplômé de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, il pratique la photographie plasticienne. Ses œuvres mêlent réalité et onirisme, parfois introspectives parfois tournées vers l’autre, souvent philosophiques et picturales.
Benoît de Carpentier expose régulièrement ses travaux, principalement à Strasbourg et Paris. Il enseigne la photographie et anime des projets photographiques en milieu scolaire de la primaire au secondaire.
L'exposition est visible du 14 mars au 25 avril 2020. Vernissage le samedi 14 mars en présence de l'artiste à 18h30.

marco pantani team

#2 Waterzoï y pimiento

07/05-17/05

alain willaume

coordonnées 72/18

28/05-11/07

Loin de toute notion documentaire, la métaphore habite le travail d’Alain Willaume. Expérimentateur de formes, il développe une œuvre singulière en prise avec le monde qu’il sillonne et observe depuis de nombreuses années, interrogeant la pratique même de la photographie. Sous l’influence de longs voyages et à l’écart des courants, il dresse une cartographie personnelle faite d’images énigmatiques et engagées qui toutes racontent la violence et la vulnérabilité du monde et des humains qui l’habitent.
Membre du collectif Tendance Floue depuis 2010, Alain Willaume est photographe et commissaire d’exposition indépendant et enseignant à la Haute école des arts du Rhin de Strasbourg et à l’École nationale supérieure d’art de Nancy. Il a été l’un des commissaires du programme d’expositions INDIA qu’il a initié aux Rencontres d’Arles 2007, et a dirigé l’ouvrage India Now : Nouvelles visions photographiques de l’Inde contemporaine publié par Thames & Hudson et Textuel en 2007. Il a également été directeur artistique de India Photo Now 2008, une année de photographie en Inde. Sa dernière monographie, Bords du gouffre,a été publiée chez Textuel à Paris et exposée aux Rencontres d’Arles 2003. Il a remporté le Prix Kodak de la critique photographique, ainsi que le premier prix du Sony World Photography Award 2011, catégorie Portraits.
L'exposition est visible du 28 mai au 11 juillet 2020. Vernissage le jeudi 28 mai en présence de l'artiste à partir de 18h30.

Journées d'architecture

métropoles benjamin Kiffel

11/10-31/10

Dans le carde des journées d'architecture organisées par Maison européenne de l'architecture - Rhin supérieur, la Galerie La Pierre large vous propose une déambulation nocturne, une rencontre autour d'une exposition.
En quoi la lumière façonne t-elle la ville? Pourquoi l'éclairage public est-il un élément essentiel de l'espace urbain? Comment allier les enjeux de sécurité, de mise en valeur architecturale et d'éco-responsabilité? Comment dessiner la ville de demain?
Vincent Longy Cci de Lighting Grand Est, association d'entreprises de la filière éclairage s'associe à la Galerie La Pierre large, au photographe Benjamin Kiffel et à Pierre Albrecht responsable de l'éclairage public de L'Eurométropole de Strasbourg pour une déambulation nocturne commentée.
Rendez-vous Le Samedi 12 octobre à 20h30 devant la médiathèque André Malraux  (parcours d'1h environ).
Après cette déambulation, la galerie la pierre large vous accueille pour l'exposition Journées d'architecture Métropoles de Benjamin Kiffel qui explore au travers du prisme de la lumière sa poésie architecturée et urbaine.
L'exposition Métropoles est visible du 11 au 31 octobre 2019 et le dimanche 13 octobre de 16h - 19h.
https://www.m-ea.eu/
ww.lighting-grandest.com
www.strasbourg.eu 

Le travail de Benjamin Kiffel est résolument centré sur un univers urbain, univers qu’il explore de longue date dans son registre photographique notamment, à travers le prisme de la lumière en révélant ainsi sa poésie pour mieux l’inscrire dans nos mémoires.

Avec Métropoles, Benjamin Kiffel questionne la « ville-mère », l’espace architecturé de la cité dans ce que l’éclairage public en dévoile. Cette réflexion, abordée précédemment sous l’angle industriel (Port du Rhin Strasbourg, Nocturnes, Extérieur nuit) ou plus baroque (Roma, inspiration baroque) est portée ici par un discours formellement expressionniste. Milan, Barcelone et Berlin. Du sud au nord, trois villes, le même regard. Des noirs et blancs structurés et contrastés qui font naturellement écho au cinéma de Fritz Lang et aux photomontages de Paul Citroen.

D’abord les yeux rivés sur la skyline milanaise, on plonge progressivement vers le cœur de la ville à Barcelone pour finir dans un tourbillon lumineux à Berlin. Le noir des gratte-ciels milanais, frontière entre terre et ciel, se concentre et s’ouvre à la nuit pour donner toute sa place à la lumière à Berlin et recomposer l’espace. La ville, d’abord labyrinthe verticalisé, se déploie des profondeurs à la surface pour finir dans une spirale étincelante.

Avec ses divagations spatiales, Benjamin Kiffel nous offre de nouvelles cartes mentales, éminemment subjectives, dans la droite ligne des expressionnistes. Le point de vue est radical, tant dans les cadrages que dans la composition et les superpositions. La réalité est bousculée pour provoquer une réaction émotionnelle du spectateur. Chacune des séries présentées dans cette exposition – « Supernova », «Vertigo» et «Das licht» – est une reconstruction de l’espace en une ville imaginaire dans laquelle la lumière, le plus souvent artificielle, semble en faire battre le cœur.

Dans cette vision d’une intensité forte, Benjamin Kiffel passe ainsi de la dystopie des expressionnistes à une utopie nouvelle. Il se dégage une impression de légèreté et de fragilité dans ses superpositions. La lumière se fait dentelle et vient souligner un paysage urbain quotidien, comme un vêtement de luxe. Les perspectives sont bousculées à dessein par l’artiste qui s’attache aux lignes architecturales des lieux dans une écriture nouvelle.

Le rapport au temps est également déconnecté du réel. Ici, passé, présent et avenir sont intimement mêlés. Les strates s’empilent et s’emboîtent dans un ordonnancement méthodique, une mise en exergue systématique d’un paysage particulier hors du temps ouvrant de nouveaux horizons.

En portant son regard expressionniste sur ces trois métropoles – Milan, Barcelone et Berlin – Benjamin Kiffel marque l’empreinte d’une réalité urbaine et architecturale redessinée à l’aune de l’éclairage public. Une vision utopique et onirique, une écriture déstructurée et multidimensionnelle, un équilibre intemporel et flottant : la mémoire poétisée d’une urbanité particulière.

Bénédicte Bach 


Le désordre des choses 

 

Il y a de la séduction dans les noirs et les blancs, que l’on devine verts, jaunes, ou bleus, emmitouflés dans les nuages. Benjamin Kiffel est attentif à la séduction du monde, la nuit, dans les villes, car la séduction est l’artifice du monde et les photographes, souvent, cherchent à séduire nos regards.
Est-ce que “la séduction est restée dans l’ombre- qu’elle y soit rentrée définitivement” comme le pensait Jean Beaudrillard ?

Avec les images de cette série, elle se joue des lumières.

Ponctuations urbaines, traits d’ombres, lasers de rien, photons colorés de lumières imaginaires, invisibles pour l’œil nu, on y divague, on se distord, à la recherche de ce qui nous rapproche d’une réconciliation entre le réel et nous, les hommes. 
Ce qui peuple les images, s'isole, prend sens, et montre ce que la ville sait produire… puis l’ensemble renvoi à une esthétique possible, déconstruite avec soin.

Les sujets sont captés pour être les prétextes de la répartition de la lumière et des ombres.  Les nuages de pixels enchevêtrent les trames brutes des étages empilés, des escaliers signifiés, calibrés, courbés, torsadés, cabrés, ensoleillés. Ils s‘exposent, se surexposent, s’enchevêtrent, se reflètent, en abyme, claquant les superpositions de cliques de calques, mixant l’ombre des pénombres, entre les trames et les grilles, ils martèlent les strates et les couches.  

On en vient à chercher le haut et le bas, l’échelle du détail, la profondeur des plans, la nature du fragment, genèse d’une série construisant les diagonales de l’image.  Parfois le passage d'un humain est volé au fond de l'image ; parfois un mot blanc ; parfois, on s'interroge : est-ce un négatif ?

Le graphisme prend le dessus, enfermant le regard dans un cadre où la pupille galope, à la quête de l’écho, de la raison des résonnances, hors d’échelles dans les surexpositions ; il y fait sa loi. 

Les plans s’empilent, se recouvrent, se dispersent. L'œil est perdu, mais le cerveau l’amarre ; il suffit de regarder la simple complexité du monde, c'est devant nos yeux…

Jean Mathieu Collard 

Personne (ou presque) …seulement des réverbérations dans du pur espace urbain.   Mais il ne s'agit jamais d’un espace statique, la lumière met en mouvement nos pensées dans des espaces à première vue figés. Peu importe le lieu, une ville ou une autre. Pourquoi pas Milan, Barcelone ou Berlin. C’est le moment, ou plusieurs moments, plusieurs instants superposés. Monochromes. D’un blanc éclatant et d’un noir sombre, mais c’est la lumière qui gagne toujours contre les ténèbres, c’est elle qui délimite toujours les espaces. Il n’y a pas d’espace pour l’homme, la ville vit sa propre vie.

Un kaléidoscope de superpositions où les lumières forment toujours d’autres images, une reconstruction enivrante de la réalité comme nouvelle tangibilité. La condensation presque obsessionnelle des choix de prises de vue de l’artiste pour former l’image, telle qu’il la voit. On s'aperçoit alors que ses images sont une opération progressive de sa pensée et de son œil, pour exprimer un état d’âme, fixer un instant, des impressions.

Un concentré d’image pour obtenir le mouvement tout comme dans le Futurisme et en mesure de transmettre la richesse et la singularité d’un espace urbain.  Des images tellement riches qu’on tourne autour, on cherche un repère dans des villes qu’on connaît, on le trouve parfois, tantôt il faut demander à l’auteur. On s'aperçoit alors que ses photos sont tellement riches, que sa vision de la réalité nous offre une telle abondance que nous sommes obligés de la contourner avant de pouvoir la reconnaître.  On en cherche la solution, on la trouve parfois mais souvent elle demande toujours du temps pour pouvoir la décrypter. 

Benjamin n’a pas de solution standard ; pas de recette pour déchiffrer ses impressions. Pour que nous puissions avoir nos propres repères il faut être prêt, on doit couper sur le vif, simplifier.

Une exposition à voir...à revoir…sans modération.

Maurizio Pagotto