Photogrammes 

gaetan soerensen

Pour conclure cette saison axée sur l’idée de voyage, la galerie a choisi de s’arrêter sur la notion de territoire et de frontière avec la proposition de Gaëtan Soerensen. Le territoire et la frontière sont des concepts universels que l’artiste aborde dans cette exposition à travers le prisme de rencontres qui vont le mener de la Jordanie à la Palestine sur la piste du Waqf. En droit islamique, le Waqf est une donation faite à un particulier qui garantit l’usufruit d’une terre et son caractère inaliénable.
Gaëtan Soerensen procède par touches, avance pas à pas pour explorer cette problématique universelle de la possession d’une terre et de l’identité, de la liberté de circuler comme celle de jouir de ses biens. Le discours n’est pas politique mais humaniste. Il s’appuie sur une histoire personnelle, la rencontre avec la famille de Mustapha. L’histoire d’une famille installée en Jordanie depuis 1967. Une famille dont les terres sont en Palestine et qui, du fait de leur origine, ne peuvent plus y retourner.
Question sensible, sur laquelle le regard de l'artiste se pose de façon douce, humaine. Gaëtan compile des témoignages, et les retranscrit par touches, délicates et personnelles, en transposant ces récits en images, il construit une compréhension kaléidoscopique révélant la complexité de ce territoire.
Le mouvement est présent, comme un effet de balancier qui opère de part et d’autre de la frontière. On accompagne l’artiste dans sa démarche de quête, au-delà de la frontière pour voir, interroger ce lieu, et
interviewer ces témoins. Le spectateur est confronté à une réalité complexe, des points de vue qui l'obligent à recomposer un ensemble, à interpréter lui-même ces témoignages, à saisir la réalité par les bribes qui lui sont données.
Pour ne pas être enfermé dans une temporalité propre au reportage vidéo, Gaëtan Soerensen utilise également des images fixes, qu'il anime dans une idée de mouvement, des extraits saccadés, décontextualisés et sortis du temps narratif. L'artiste propose également une installation, sorte de topographie d'un lieu obligeant le spectateur à lui aussi se déplacer, se confronter à cette réalité. Il impose un rapport physique qui vient comme un contrepoint à la diffusion sur écran. Cette cartographie du territoire ainsi créée, se compose de visages, de témoignages sonores, de paysages, de mots. Une métaphore de la complexité, voire de l'absurdité de cette situation. Une polymorphie de la frontière. Une construction narrative dans un espace donné.
Gaëtan Soerensen interroge également les principes de la monstration documentaire, avec ses influences cinématographiques, Farocki ou Pasolini par exemple, et en transgresse les codes. Là encore il se joue des frontières, et produit une approche autant plasticienne que documentaire.
Strasbourgeois né en 1993, Gaëtan Soerensen a intégré l'Ecole supérieure des Arts le Septentecinq de Bruxelles pour un bachelor en photographie après une licence en arts du spectacle option cinéma à Strasbourg. Il est actuellement en master à L'Ecole Nationale Supérieure de la Photographie à Arles. Photogrammes Waqf est son premier solo show.

Bénédicte Bach & Benjamin Kiffel

L'exposition se compose d'une installation, construite pour la galerie, pièce physique interrogeant l'espace, des vidéos, des photogrammes, des photographies, des textes, des témoignages sonores. Elle est visible du 14 Juin au 13 Juillet 2019 du mercredi au samedi 16h – 19h
Vernissage le vendredi 14 Juin à partir de 18h en présence de l'artiste.


Métropoles 

Benjamin Kiffel

Le travail de Benjamin Kiffel est résolument centré sur un univers urbain, univers qu’il explore de longue date dans son registre photographique notamment, à travers le prisme de la lumière en révélant ainsi sa poésie pour mieux l’inscrire dans nos mémoires.
Avec Métropoles, Benjamin Kiffel questionne la « ville-mère », l’espace architecturé de la cité dans ce que l’éclairage public en dévoile. Cette réflexion, abordée précédemment sous l’angle industriel (Port du Rhin Strasbourg, Nocturnes, Extérieur nuit) ou plus baroque (Roma, inspiration baroque) est portée ici par un discours formellement expressionniste. Milan, Barcelone et Berlin. Du sud au nord, trois villes, le même regard. Des noirs et blancs structurés et contrastés qui font naturellement écho au cinéma de Fritz Lang et aux photomontages de Paul Citroen.
D’abord les yeux rivés sur la skyline milanaise, on plonge progressivement vers le cœur de la ville à Barcelone pour finir dans un tourbillon lumineux à Berlin. Le noir des gratte-ciels milanais, frontière entre terre et ciel, se concentre et s’ouvre à la nuit pour donner toute sa place à la lumière à Berlin et recomposer l’espace. La ville, d’abord labyrinthe verticalisé, se déploie des profondeurs à la surface pour finir dans une spirale étincelante.
Avec ses divagations spatiales, Benjamin Kiffel nous offre de nouvelles cartes mentales, éminemment subjectives, dans la droite ligne des expressionnistes. Le point de vue est radical, tant dans les cadrages que dans la composition et les superpositions. La réalité est bousculée pour provoquer une réaction émotionnelle du spectateur. Chacune des séries présentées dans cette exposition – « Supernova », «Vertigo» et «Das licht» – est une reconstruction de l’espace en une ville imaginaire dans laquelle la lumière, le plus souvent artificielle, semble en faire battre le cœur.
Dans cette vision d’une intensité forte, Benjamin Kiffel passe ainsi de la dystopie des expressionnistes à une utopie nouvelle. Il se dégage une impression de légèreté et de fragilité dans ses superpositions. La lumière se fait dentelle et vient souligner un paysage urbain quotidien, comme un vêtement de luxe. Les perspectives sont bousculées à dessein par l’artiste qui s’attache aux lignes architecturales des lieux dans une écriture nouvelle.
Le rapport au temps est également déconnecté du réel. Ici, passé, présent et avenir sont intimement mêlés. Les strates s’empilent et s’emboîtent dans un ordonnancement méthodique, une mise en exergue systématique d’un paysage particulier hors du temps ouvrant de nouveaux horizons.
En portant son regard expressionniste sur ces trois métropoles – Milan, Barcelone et Berlin – Benjamin Kiffel marque l’empreinte d’une réalité urbaine et architecturale redessinée à l’aune de l’éclairage public. Une vision utopique et onirique, une écriture déstructurée et multidimensionnelle, un équilibre intemporel et flottant : la mémoire poétisée d’une urbanité particulière. L'exposition est visible du 3 mai au 1er juin 2019.

Bénédicte Bach

Vidéos 1973-1983

Robert cahen

Dans l’histoire de l’art vidéo, Robert Cahen fait figure de pionnier et crée depuis plus de 40 ans une œuvre poétique nourrie de thématiques universelles (le voyage, la rencontre, la mort), caractérisée par un travail sur la texture et le rythme des images. Il est d'abord un chercheur, un intellectuel, un artiste majeur qui a traversé les époques en défrichant de nouveaux territoires. Compositeur de formation, réalisateur et artiste vidéo, il explore, invente une forme de narration qui transforme la réalité en une œuvre onirique.
Il intègre le Groupe de Recherche Musicale (GRM) de Pierre Schaeffer, son mentor, en 1969, puis est diplômé en musique fondamentale appliquée à l'audiovisuel en 1971 au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris avant de rejoindre le Groupe de Recherche Image (GRI) du Service de la Recherche de L'ORTF.
Après un essai vidéo collectif en 1972 (Dans l'œil du miroir) et des films de recherche en 16mm, Robert Cahen réalise « L'invitation au voyage » en 1973. Cette œuvre, fondatrice et emblématique, mêle des ralentis cinématographiques, des images arrêtées photographiques, des expérimentations techniques. Il construit et réalise des fictions poétiques, colorées, quelquefois abstraites, une idée de peinture en mouvement : un champ d’investigation qu'il n'aura de cesse d'explorer.
D'abord filmé en 16mm, l'artiste utilise des photogrammes d'images personnelles, utilise une caméra grande vitesse pour ralentir le rythme de ses prises de vues, et colorise les images en post-production à l’aide du Truqueur Universel mis à sa disposition dans les studios vidéo du Service de la Recherche. Il compose une partition sonore et visuelle dans une synthèse entre la musique concrète et son goût pour l'image traitée comme du son : il pose les jalons d'un nouveau langage.
Dès lors, ses films commencent à être diffusés sur les ondes hertziennes. Les orientations de L'INA et la fin de L'ORTF, marginalisant la recherche expérimentale, le poussent à explorer un registre davantage filmique et à réaliser des travaux de commande sans renoncer toutefois à ses aspirations personnelles. En 1979, avec « Horizontales couleurs » et « Trompe l'œil », Robert Cahen prolonge ses essais à travers des peintures cinétiques abstraites. L'utilisation du spectron, générateur de trames, lui donne l’occasion de jouer de l'illusion d'optique. Une quête de rythme, de couleur, de lumière. Robert Cahen travaille comme un poète.
« Artmatic » (1980) a été réalisé à l’Ecole Polytechnique, avec des équipements nouveaux permettant de transformer les images par drainage ou filtrage. C'est l’un des premiers films en France utilisant une caméra numérique.
« L'entre-aperçu » (1980) utilise des artifices, des cadres dans le cadre, et se joue du spectateur ainsi que des codes du cinéma. Robert Cahen est invité à la biennale de Paris.
Avec « Juste le temps » (1983), l'auteur revient à une narration plus cinématographique, enrichie de ses expériences. Un embryon de fiction, des paysages transformés, des images saccadées montées comme dans un court-métrage, le tout structuré par la bande sonore de Michel Chion, en font une œuvre d’art magistrale. Cette œuvre, qui fait partie des collections du MOMA de New York, de la Künsthalle de Zurich, du Musée d'Art Contemporain d'Amsterdam, du Medialogo de Milan, le consacre définitivement comme un artiste majeur. Elle sera également montrée à la Documenta de Kassel en 1987.
Robert Cahen est passé de L'ORTF aux musées. Il donne ses lettres de noblesse à l'art vidéo et s'inscrit dans l'histoire du médium. A travers une approche technique pointue, toujours à l'affut de son évolution, il transforme les images, ouvre des passages et interroge le médium. Son écriture picturale, tactile et colorée, fait l'objet de nombreuses expositions et installations de par le monde. Cette exposition fait un focus sur cette décennie décisive, où le chercheur devient artiste.
Une exposition, 6 vidéos, un voyage dans le temps le temps d’un voyage. Le temps et le voyage sont deux questions récurrentes dans le travail de Robert Cahen. Deux éléments qu’il dissèque, décompose et recompose pour donner à voir ce que l’on ne perçoit pas : l’invisible. Robert Cahen ouvre des passages à travers les ondes électroniques sonores et visuelles pour révéler la poésie du monde. Le spectateur est connecté à une nouvelle fréquence. Sensible et abstraite.
Robert Cahen est un voyageur du temps. Il prend des trains vers des ailleurs. La destination est secondaire. Ce qui se joue, en réalité, c’est la possibilité de percevoir une autre dimension, hors du temps. Un présent qui lie passé et futur. Un intervalle. Une possibilité. Une rencontre.
Le ralenti redéfinit le moment, décompose les mouvements et les étire, à l’image des distorsions temporelles des rêves. Le rythme est une composante fondamentale dans l'approche de l'artiste. Il fige, accélère, ralentit, recompose une narration, crée des espaces, se joue du temps qui passe. Les souvenirs s'impriment. Une réminiscence, en filigrane, d’images intimistes auxquelles il donne une dimension plus universelle.
La bande sonore participe à cette construction, elle donne le ton, ouvre des pistes, brouille les cartes, dans un dialogue permanent. Une approche expérimentale du son qui participe à la transformation du réel.
Le travail des couleurs s’inscrit dans la même logique. En saturant les niveaux, en jouant sur les contrastes et les tonalités, Robert Cahen donne de la consistance à une réalité particulière. Celle qui se cache derrière une apparence parfois banale, une main qui feuillette un livre, un train qui entre gare, un rivage. Il fait de ses vidéos des peintures vivantes. Une peinture abstraite et magnétique. La couleur contribue également à décontextualiser la narration et met en exergue une vision onirique d'un monde en mouvement.
Des images figées qui s’animent hors du temps, comme des instants suspendus, Robert Cahen nous place dans un mouvement immobile. Il offre au spectateur d'entrevoir l'invisible, le sensible, le possible. Dans l'intervalle de ses mises en scènes, des interstices poétiques, l'auteur révèle des impressions tactiles et concrètes dans des compositions abstraites. Robert Cahen est un essayiste, un illusionniste, un magicien. Un artiste majeur, qui a contribué à faire de la vidéo expérimentale un art à part entière.

Bénédicte Bach & Benjamin Kiffel

L'exposition est visible du 22 mars au 20 avril 2019 du mercredi au samedi de 16h à 19h.
Galerie La pierre large 25 rue des Veaux à Strasbourg
Vernissage le vendredi 22 mars 2019 à partir de 18h en présence de l’artiste.

Dans le rétro

jean louis hess

Jean-Louis Hess est un photographe qu'on ne présente plus, une figure légendaire du paysage strasbourgeois. Un personnage entier qui, au travers de son regard, a su capter les évolutions sociétales, en est devenu un témoin.
Ses préoccupations sont d'abord sociales, il aime les situations drôles et surprenantes, il joue avec la lumière. Ses noirs et blancs, de facture classique, se font également plus expérimentaux quand il s'agit de distordre le réel ou d'explorer les corps.
La démarche de l'artiste n'est pas documentaire, le témoignage est indirect, son regard est d'abord personnel et sensible. Il raconte des histoires qui le touchent. Son prisme est toujours subjectif. S'il en a exploré toutes les facettes techniques depuis 40 ans, la photographie de Jean Louis Hess est irrévérencieuse. Ni Dieu, ni Maître. Elle reste libre.
On trouve cependant des accointances avec les grands classiques. Une photographie qui renvoie à celle de Robert Doisneau dans son appréhension du quotidien, dans sa façon d’imprimer l’histoire collective à travers des moments de vie anodins, de constituer une mosaïque pour dresser un tableau social. C’est aussi ce qui rattache la photographie de Jean-Louis Hess à celle de Raymond Depardon. Ils partagent ce point de vue particulier dans lequel la subjectivité du photographe est revendiquée. Leur regard est à mi-chemin entre une approche journalistique et autobiographique pour traduire une vision du monde qui va bien au-delà du témoignage et s’inscrit dans un discours artistique.
Dans le rétro, c’est un regard en arrière, une plongée dans les années 1970 - 1980. Une photographie en noir et blanc, toute une époque sur pellicule. Sans nostalgie ni complaisance, l’histoire se raconte à travers le regard d’un homme de convictions, d’un homme engagé. C’est surtout une histoire dans l’histoire. Une histoire du temps qui passe, un voyage dans les souvenirs, un moment de vie offert. On accompagne Jean-Louis Hess dans son intimité mais aussi dans ce qui se joue dans le monde qui l’entoure.
Ces allers-retours permanents entre l’individu et le collectif donnent à voir le point de vue particulier du photographe. Dans une synecdoque photographique, Jean-Louis Hess raconte la liberté et le foisonnement de l’époque, l’empreinte des luttes sociales. Les slogans politiques fleurissent les murs. La libération sexuelle bat son plein. Les utopies sont vivaces. La modernité s'impose. Un regard kaléidoscopique du monde.
En écho, on le suit dans son intimité. Il se prend au jeu, se prête à l’auto-dérision, passe aussi de l'autre côté de l'appareil. Il s'amuse. Il photographie comme on écrit un carnet de notes, d'impressions, il donne son angle, son point de vue. Les constructions sont classiques, des diagonales rythment les cadres, la lumière structure le champ, il y a peu de mises en scène, les instants sont suspendus au temps, comme extraits au monde, pour y suggérer une douce langueur. Jean Louis Hess a gardé ce regard empreint de l'enfance, d'espièglerie, c’est un perpétuel pied de nez.
Dans le rétro, une compilation d'images emblématiques de leur auteur. Une histoire dans l’histoire. La vie n'est qu'un jeu.
Bénédicte Bach & Benjamin Kiffel

L'exposition est visible du 15 février au 16 mars 2019 du mercredi au samedi de 16h à 19h.
Galerie La pierre large 25 rue des Veaux à Strasbourg
Vernissage le vendredi 15 février 2019 à partir de 18h en présence de l’artiste.

En filigrane 

Valérie Graftieaux

Voyages, Acte III : En filigrane
 
Transport vers un ailleurs, le voyage s’inscrit dans une dimension horizontale et une temporalité particulière. On passe d’un univers à un autre dans un temps distinct. Deux moments juxtaposés. Le point de vue et la perspective du voyageur changent alors au rythme des lieux traversés. Mais le voyage se construit aussi dans une dimension verticale, plus intime et introspective, dans l’impression successive des couches sédimentaires de la mémoire. Le voyage, c’est aussi ce qu’il en reste : des traces, des souvenirs, des images gravées.
 
Valérie Graftieaux nous convie dans un monde où la matérialité des choses n’est qu’un mirage. Les objets existent pour autre chose que leur nature : ils sont détournés pour mieux raconter des sensations, des impressions. Comme des bulles de mémoire remontant à la surface. En filigrane.
Le spectateur est invité dans un monde dont la cartographie est revisitée. La décontextualisation des sujets et la distanciation du regard bouleversent les repères habituels. Des graines, des assiettes, des dents, des tanins de thé deviennent autant de planètes qui dialoguent avec une vision paysagère de la série Géographie sèche. Une réalité tangible et concrète mise en perspective dans un parallèle au monde qui créé un monde parallèle. Celui de l’anamnèse. De l’empreinte. Des souvenirs qui s’effacent.

Loin de l’instant décisif, ce voyage s’inscrit dans une temporalité particulière. C’est un instant suspendu, une respiration qui nous emmène au plus profond de nous-même pour y explorer des territoires intérieurs dans une itinérance immobile.
La couleur accentue la distorsion du temps du voyage, laissant place à un sentiment de fragilité et d’urgence à saisir ces images qui parfois semblent n’être que réminiscences rétiniennes.

Avec cette présentation de travaux choisis parmi l’ensemble de ses réalisations depuis près de vingt ans, Valérie Graftieaux explore les grands espaces de son for intérieur. Un point de vue dans lequel chaque détail contribue à tisser un fil d’Ariane pour orienter le spectateur-voyageur au milieu de cet univers sensible dans lequel l’artiste distille sa poésie, tout en délicatesse, par touche.
Un souvenir, une réminiscence, une trace, une empreinte. Une écriture. En filigrane.
L'exposition est visible du 11 janvier au 9 février 2019.
 
 
Bénédicte Bach

a l'orée d'un songe

stephane spach

Est- ce l'aube ou le crépuscule ? Sommes-nous au bout du monde dans quelque territoire encore vierge ou aux alentours ? Nul ne le sait.
Stephane Spach nous invite dans un monde fantastique, juste au-delà de la lisière. Dans la forêt. Les décors sont merveilleux, les couleurs sensorielles, l'atmosphère irréelle. Ces paysages contemplatifs, un brin inquiétants, oscillent entre le conte et la science-fiction. La magie opère. La réalité des lieux est transcendée. Cet ailleurs métaphorique est proche de nous. Ce monde imaginaire est attrayant, mystique, surnaturel. Le calme surgissant trouve un écho à nos solitudes profondes. La forêt est ici un théâtre, un décor fantasmé, une allégorie. Ce voyage renvoie à notre enfance, à nos peurs. Le caractère onirique des paysages nous emporte. On cherche un signe, la course d'un lapin magique, une présence mystérieuse. Notre imaginaire enrichit ce que l'on voit, construit notre rapport au lieu, matérialise notre perception. Les décors, si soigneusement mis en scène, nous invitent à participer. Ce voyage est-il rêvé ? Existe- t'il réellement ?
Le travail de Stephane Spach n'est pas figuratif. Les espaces ne sont pas clairement identifiables. Ce sont des tableaux, dont la beauté émerge de la lumière, celle-ci étant une composante essentielle de son œuvre. Cet art de la mise en lumière magnifie habituellement son travail et en constitue la signature. La construction de ses images est méticuleuse, les perspectives sont fermées, la matière compose le cadre sans abstraire le propos et les teintes s'impriment dans notre rétine.
Pas de discours naturaliste, l'artiste joue justement de cette confusion en théâtralisant ces espaces, il les éloigne de leur substance. C'est donc autre chose qu'il faut y voir.
Nous confrontant ainsi, il touche notre intime et se joue de nos représentations, il nous renvoie à nos inconscients. L'auteur nous emmène en voyage, à l'orée d'un songe, juste au-delà de la lisière, un voyage dont nous sommes acteurs, un voyage fantastique.

         Benjamin Kiffel

L'exposition est visible du 30/11 au 29/12/2018

travelling

sandro weltin

Le travail de Sandro Weltin convoque une approche réaliste des choses. Sa démarche est proche du documentaire. Il va à la rencontre des gens, photographie des ambiances, montre un contexte social, s'immerge dans le décor. L'essence de ce voyage est cependant autre. Il ne s'agit pas seulement de décrire ces lieux.
Sandro Weltin nous emmène dans un intime sensible, fait de moments suspendus, de lumières, d'angles, de situations anonymes et comiques parfois, de portraits et d'espaces. Les horizons sont doux, les cadrages soignés, l'imaginaire lié au voyage nous ouvre un large champ des possibles. Les atmosphères se font cinématographiques, on pense à Kaurismäki notamment.
Le photographe n’est jamais vraiment absent de ses images, on sent sa présence hors champ, et il nous embarque avec lui dans ces contrées lointaines, on est partie prenante du voyage. On perçoit les échanges, on imagine l’autour : ici un détail d'une chambre d'hôtel, là une scène de vie. Les images racontent davantage que les paysages capturés, que les pays visités. Nous en sommes presque acteurs.
La narration fonctionne comme les fragments d'un film, un film qui nous offre des impressions nordiques, slaves ou orientales, des sensations. Les vues nous emmènent en Géorgie, en Lettonie, en Finlande et ailleurs...
Des vies que l’on devine rudes parfois, des moments du quotidien. Il y a de la tendresse au delà des apparences, l’auteur est un témoin d’un monde qu’il souhaite partager. Il ne magnifie pas le réel, ni ne dénature le propos. La démarche est sincère. Le regard est sensible et cela touche, Les vues du photographe ne revendiquent pourtant pas de dépeindre la réalité d’un pays, il en donne des touches, des notes, des observations, que la scénographie rassemble. Il nous appartient d'y mettre des mots, d'y accoler nos propres souvenirs, de raconter nos propres histoires, d’écrire nos scénarios. On s’inscrit ainsi dans un réalisme subjectif, flirtant avec l’illusion de vivre ce moment, magie du hors champ, alors qu’en réalité nous n’en sommes que des spectateurs privilégiés. Il n'y a pas d'image juste mais juste des images comme dirait Godard.
Sandro Weltin, nous livre un regard empreint d'humanisme. Une invitation à la tolérance. Une invitation à la rencontre de l'autre. Une invitation au voyage.

Benjamin Kiffel

L'exposition est visible du 31 octobre au 24 novembre 2018 du mercredi au samedi de 16h à 19h.

Ellipses

bénédicte bach

Le travail plastique de Bénédicte Bach, polymorphe, consiste en une écriture poétique du monde. Habituellement connue pour ses installations, nous nous intéressons ici à son travail photographique.

 
Son approche questionne l'abstraction, joue avec les détails, explore la lumière, transcende le réel. Les images s'attachent à s'éloigner méticuleusement de leur nature. On ne reconnaît pour ainsi dire pas le motif, qui, détourné, n'offre que des lignes, des motifs géométriques, des nuances. Les objets travaillés n'ont d'intérêt que pour leur capacité à être réutilisés, afin d'en construire un ensemble poétique cohérent.
 
Cette quête elliptique s'affiche en sombre, des noirs et blancs opaques, structurés, et questionnent avant tout la lumière. Les textures créées jouent également des matières, immersives dans lesquelles on plonge. Des reflets capturent des artefacts lumineux. Les cadrages, généralement serrés, n'offrent pas d'information sur l'objet de la prise de vue. L'expression est sensorielle, touche les sens, donne de l'épaisseur. Une obsession, une fragrance.
 
L'artiste se positionne dans une sorte de poétique du détail, donne du sens à son regard, plutôt que de témoigner d'une réalité dont il faudrait saisir la beauté. Elle ne cherche pas la représentation, pourtant entrée habituelle en photographie, mais n'en montre que des touches, des notes, des extraits. Une écriture, des récurrences, des suspensions.
 
Cette exposition, qui reprend 2 ans de travaux, mixe des séries différentes, rassemble dans une narration abstraite ce questionnement, interroge l'espace, montre la lumière. Bénédicte Bach nous propose ici une vision très personnelle, entre ombre et lumière, et nous offre un univers fragmenté et soyeux, un univers radical et onirique. Des métaphores et métamorphoses, des ellipses poétiques.
Benjamin Kiffel.
 
L'exposition est à voir du 14 septembre au 20 octobre 2018

L'afterlim

l'industrie magnifique

Pour prolonger les festivités, donner à voir les coulisses, revivre les émotions échanger encore.
La galerie La Pierre Large ouvrira ses portes à LIM2018 durant 15 jours.
A travers une scénographie dynamique, la galerie propose une vision panoramique de l'événement. Une narration dans laquelle on pourra découvrir l'histoire des oeuvres, la vie du festival, les hommes et les femmes qui ont fait LIM. Des détails, des atmosphères, des rencontres. Un autre angle de vue, un retour sur la manifestation. Une mosaïque, du making off au best off.
Il s'agit de revenir sur l'opération dans sa globalité, des coulisses aux festivités, des acteurs aux œuvres. Une vision collective de l'aventure. Un moment à partager.
Du 1 au 16 Juin 2018
Du mercredi au vendredi 17h-20h samedi et dimanche 15h-19h

L'industrie Magnifique

roma inspiration  baroque

benjamin kiffel

Après une période nocturne et des propositions très urbaines et industrielles (Port du Rhin Strasbourg, Nocturnes, Extérieur nuit), il convient de questionner la place de l'homme dans l'espace et dans la cité d'une autre manière, de poser la question de la lumière différemment. L'Italie est au cœur de ce mouvement, avec cette proposition romaine tournée sur le baroque. Qu'est ce qu'une architecture ? Quelle place laisse t-on au sentiment, à l'art , à l'émotion?
On pense bien sûr à la réflexion de Borromini et du Bernin, de Michel-Ange, mais aussi du quartier fasciste. Cette problématique reste prégnante aujourd'hui.
Comment concevoir une esthétique? Quel est le rapport au sacré ou au sentiment ? Quelle place accorde t-on aux hommes ? Rome était donc une étape idéale pour ce questionnement.
J'y suis parti en résidence l'été 2017, une semaine en immersion, focalisé sur cette question, cherchant les fulgurances, la lumière, les structures, l'équilibre, dans cette ville où tout est art, où tout est beau, où tout est si doux.
La démarche n'a rien de documentaire, il ne s'agit pas de restituer, d'illustrer, mais elle emprunte, pour une fois, des ressorts davantage photographiques. Etonnant en effet pour quelqu'un qui se définit comme un plasticien, de voguer vers des registres plus classiques, l'usage du noir et blanc n'est ici pas anodin.
Cette quête de volupté incarne une forme de renaissance, d'attirance vers la lumière. Ces lumières sont naturelles, crues ou davantage satinées, dans des églises, des cours intérieures, des villas, des palais, transcendantes et signifiantes, sacrées ou magiques. Elles dessinent des espaces, façonnent les structures, rythment les perspectives.
Il y a peu d'images de nuit, la construction est rigoureuse, la profondeur de champ révèle la ville. Il y a également des angles, des bouts d'architecture, des ciels, des ombres, des découpes qui côtoient des vues de cœurs d'églises, des anges, des plafonds richement décorés. Les compositions sont contrastées, les cadres structurés, les angles variés. Il n'y a personne, pas de vie, la ville semble abandonnée.
Ces vues romaines montrent une harmonie, une douceur, une sérénité. L'inspiration baroque flotte dans l'ensemble comme un leitmotiv, il ne s'agit pas d'ornement, mais d'une identité spécifique, d'un rapport au monde, philosophique, spirituel, et architectural. Une Roma, entre Sorrentino et Fellini, immanente, douce, magique et intemporelle.
Benjamin Kiffel

L'exposition est visible du 7 mars au 21 avril 2018.

la fille dans un fauteuil en plastique

Bénédicte Bach & benjamin kiffel

La fille dans un fauteuil en plastique est un travail artistique qui ne s'inscrit pas dans l'autofiction même s'il en convoque quelques ressorts. Il discute avec Sophie Calle pour le jeu et le rapport à l’autre, Nan Goldin pour l’intime et Antoine D'Agata dans l’usage du soi. Mêlant la mise en scène à la subjectivité, il joue des frontières entre le modèle et l'artiste, croise des points de vue et des perspectives, ouvre des fenêtres. Sortir du cadre, chercher le hors-champ.
Sujet-Objet: allers-retours poétiques. Des confrontations, un tropisme, un questionnement autour de passages. Ce travail interroge le désir et l'altérité dans un cadre onirique. Des lignes bougent, les espaces se recomposent, les frontières sont mouvantes. Une cartographie des sentiments, rêve ou réalité?
La proposition s'articule autour d’une vidéo, de photographies et d’un mur instagram, lisibles indépendamment dans un tout cohérent.
Cette mosaïque ouvre sur un imaginaire poétique qui transcende l'histoire personnelle et lui donne un caractère universel.
Une écriture à quatre mains B&B
L'exposition est visible du 2 au 24 février 2018.

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Paysages hybrides

jérôme pergolesi

Jérôme Pergolesi aime interroger la perception des sens, la mémoire, les souvenirs. Chaque objet est détourné, recomposé, comme une poésie visuelle. Il associe la photographie à la peinture, et construit des paysages hybrides, dessinés, où la couleur abstrait le réel, le transcende, lui donne un autre éclairage.
L'artiste crée ainsi une mise en abîme iconographique qui questionne le sens même du paysage et de l'espace. Les nuances des tons se jouent des informations données par l'image et invitent au rêve. L'expression plastique, très graphique, remplit le cadre, le déborde. L'image se fond dans un décor, un composite numérique, et donne à voir un univers onirique et personnel. Pas de lieux réellement tangibles, une profondeur de champ minimale, l'espace composé révèle sa propre identité.
Des volutes de variations chromatiques, qui émeuvent, et offrent une allégorie de toute beauté, un univers entre Georges Rousse et l'art d'Extrême-Orient, une réminiscence subtile, un lyrisme pictural.
Benjamin Kiffel.
L'exposition est à voir du 6 au 27 janvier 2018.

minimal object

méline jaege

Le travail de Méline Jaege interroge l'espace, les perspectives, la perception des sens.
Il joue de détails d'objets qui nous sont familiers mais les sortant du cadre, les contourne, en modifie la lecture. Le sujet s'en trouve transformé. Il ne s'agit pas de voir ces objets pour ce qu'ils sont. Ce point de vue décadré, qui fait sortir l'essentiel des choses hors du champ nous offre un autre regard, davantage poétique, presque abstrait tant il ne reste presque rien. La part des ciels est importante, elle devient une matière en tant que telle, un à-plat plastique, tout juste orné d'un motif végétal ou architecturé.
Le monde proposé est onirique, doux et soyeux. Il invite au rêve, aux souvenirs d'enfance, au ressenti. Quelque chose de joyeux, de drôle, de décalé.
Cet univers est très graphique, atmosphérique. Les lignes côtoient des bouts d'arbres, des panneaux de baskets, du bois, des poteaux, des toits.
Il y a aussi un côté ludique, qui ne se prend pas au sérieux, minimaliste. L'essence est dans le sentiment, la beauté dans la trace, dans le souvenir, dans le jeu. Il en ressort une grande fraîcheur, un sentiment de quiétude, comme une brise, un rayon de soleil chauffant doucement la peau, les yeux fermés, la pensée vagabonde, alanguie, lors d'une fin après midi d'été. Les images invitent au farniente.
Méline Jaege nous emmène dans son univers et signe là une très belle et prometteuse première exposition.
Benjamin Kiffel.
L'exposition est visible du 10 novembre au 9 décembre 2017.
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Nocturnes 

benjamin kiffel

La nuit, encore et toujours, l'errance, un sentiment d'inachevé, de solitude et de quête de poésie, de douceur, de lumière. Les néons rythment cette échappée, la musique lancinante et enivrante dans la voiture, les cigarettes sont fumées. Il reste un agréable goût de vin espagnol en bouche, il est tard, c'est le cœur de la nuit.
La ville, encore et toujours, qui me donne, ce sentiment, ce souffle, un espace.
Partout du vide, partout, tout est caché, feutré, intérieur, intime, le monde se repose, s'aime, et moi je glisse entre ça...
La poésie, toujours, l'essence des choses, l'ultime conviction, un geste de beauté, pure et absolue, légèrement abstraite, s'il ne reste rien... juste cela, un rêve, un monde à part, une utopie très personnelle, sensorielle, très plastique et des couleurs...
Une écriture, dessiner des espaces, comme pour les réinventer, y mettre son cœur, jouer avec les lumières, les matières, pour composer des structures, donner le cadre.
Le monde proposé évoque l'urgence, le trouble, tantôt flou et subjectif, tantôt froid et radical. Il suggère également une photographie argentique, l'auteur venant de cette période là, travaille toujours de la même manière, en amont, sans post-traitement, et utilise des couleurs comme les pellicules des années 90. Il ne s'agit cependant pas de nostalgie, l'on convoque d'autres ressorts, plus intimes, il ne s'agit pas davantage d'un témoignage d'une ville, dont ces photographies ne sont pas des illustrations.
Les lieux sont anonymes, impersonnels mais recèlent une esthétique particulière, une poésie que le photographe veut donner à voir, un univers dark, sombre, électrique, des espaces qui éveillent des sentiments, des frontières, des émotions.
L'exposition est visible du 15 septembre au 21 octobre 2017.
Benjamin Kiffel

argentoratum

simon woolf

Pour fêter la sortie du livre argentoratum de Simon Woolf,
la galerie l'invite pour une après midi dédicace le vendredi 23 juin. Ses images seront aussi exposées sur écran jusqu'au samedi 8 juillet.
Le travail de ce photographe qui arpente les rues strasbourgeoises à toute heure nous offre un regard onirique, poétique sur sa ville, des gens qui passent, des atmosphères un brin surannées, une déambulation un peu nostalgique, d'un monde coloré, idéalisé, embelli. Le traitement de l'image évoque également l'époque de l'argentique, une esthétique instagram, ou les photographies deviennent des peintures.
Le travail sur la lumière, pensé comme pour des tableaux, se montre résolument pictural et éloigne ces prises de vue d'un registre documentaire classique en photographie. Il en ressort une grande douceur, et sublimant ces moments anonymes, l'auteur nous emmène surtout dans un voyage sensible et personnel. Une autre façon de donner à voir la ville, comme dans un souvenir comme dans un rêve...
L'exposition est visible du 23 juin au 8 juillet 2017.

port du rhin strasbourg 

benjamin kiffel

L'idée de rentrer dans un lieu industriel en activité, pas comme pour l'urbex de façon clandestine, mais pour y voir un lieu encore habité, occupé par son quotidien, sa fonction productive, est ancienne mais n'a été réalisée qu'en décembre 2016. Cet univers est quand même déshabité, ne cherchant pas à en capter un témoignage sociologique ou documentaire, je l'ai donc visité lors d'une pause du personnel dans l'organisation temporelle de l'usine. Ce lieu dégage une magie poétique, avec des formes épurées et des matériaux mis en lumière, et même si cette mise en scène ne sert pas un idéal esthétique, il en résulte un univers un brin daté, comme sorti d'un derrick. Ce travail évoque également les ambiances des pellicules argentiques, fuji ou kodak au tungsten, qui permettaient de jouer avec les lumières, de les faire ressortir, artificielles ; les néons blafards, une image de la ville des années 80, qui a structuré notre représentation urbanistique. Mon intention est de partager cette poésie, ce lyrisme particulier, musical, un peu underground ; puisque ce sont des lieux que nous ne fréquentons pas, sauf si on y travaille, et qui représentent aussi une sorte de fantasme, d'une société qui perd ses usines, ses industries. Il ne s'agit pas de nostalgie, ni d'un discours politique, toujours pas de représentation de la réalité, il faut voir les matières façonnées, peintes, travaillées par la lumière qui dessine ces espaces. Les lieux restent tangibles, presque identifiables, sombres, inquiétants, vides, désespérément. C'est donc aussi un travail sur l'absence, une forme de solitude, contemplative, douce et posée. Le temps s'arrête, l'instant n'est pas décisif, le regard du photographe ne compte pas, il pourrait y avoir en fond sonore du bashung de l'album play et blessures ou de l'électro minimale berlinoise... Derrière un crime a peut être été commis, des trafics illicites pourraient se produire, on peut imaginer beaucoup de choses... L'on se retrouve donc porté dans un univers cinématographique qu'a régulièrement fréquenté son auteur (séries urbaines des années 2000 et encore récemment dans extérieur nuit), qui permet au spectateur de se raconter sa propre histoire, et doit s'approprier et appréhender l'image proposée d'une autre façon qu'un témoignage uniquement réel. Ce travail nous confronte donc à nos propres visions de ces espaces urbains particuliers, à notre rapport à la nuit. Le voyage proposé n'est donc pas seulement une proposition poétique, mais également une invitation au rêve.
Benjamin Kiffel
L'exposition est visible du 3 mai au 10 juin 2017 

madrid soul movida

benjamin Kiffel

Madrid soul movida est un travail réalisé en avril 2017, lors d'un voyage à Madrid avec mon père. Un peu étrange, un voyage en quête, de partage, d'oubli, d'évasion après des moments difficiles, bref un peu anachronique. On y trouvé la chaleur, la fête, la movida perpétuelle, l'optimisme et les sourires, les gens et les bons vins, les nuits déjà chaudes. C'est d'autant plus marquant que lors de ma dernière venue dans cette ville, elle était marqué par la crise et les prémices du mouvement les insurgés qui commençaient alors leurs rassemblement sous des bourrasques de neige... Cette ville est en perpétuel mouvement, quelque chose de baroque, sa beauté particulière et non monumentale réside dans cet élan, ce souffle, cette énergie vitale. C'est ce que j'ai tenté de capturer, en mode subjectif, personnel, hanté par des problématiques intérieures tout en résilience. Il s'agit donc de mon regard sur une ville, connue, aimée, sans la représenter, davantage un sentiment, une errance nocturne, presque joyeuse, ouverte sur ce qui m'entoure, des lumières, des gens parfois, des parkings, des couloirs de métro... Le prisme est donc surtout sensoriel, de l'ordre de l'émotion. C'est une sorte de "food movie", une échappée belle, je ne suis pas témoin d'une réalité, je glisse dedans, m'en imprègne et donne à voir des impressions, parfois floues, graphiques, structurées, limpides également de cette ville. Ce travail est donc un témoignage d'un état d'esprit, d'une urgence, presque un film, une atmosphère, d'un moment particulier de ma vie.
l'exposition est visible en parallèle à l'exposition Port du Rhin Strasbourg du 3 mai au 10 juin 2017 

extérieur nuit

benjamin kiffel

Ce travail est d’abord une promenade poétique, une quête de lumière, de calme, de couleurs. Attendre le vide, chercher des espaces, trouver une trace, une écriture, une atmosphère, se laisser surprendre par des formes architecturées, par une ombre, un détail, une fumée d’usine, se laisser porter. L’on se trouve dans des lieux très différents, qu’il ne s’agit pas d’identifier, l’auteur ne cherche pas à référencer comme dans « utopies » des paysages urbains dont le traitement de la lumière aurait été conçu de façon réfléchie et spécifique dans une époque donnée. Ici, ils existent, ils sont là, et surtout on y passe, on y glisse, on les regarde un instant puis on y échappe, ce qui prime c’est le sentiment subjectif d’une errance qu’ils supposent. Dans cette déambulation, l’on peut deviner un paysage inspiré de Hopper, à la mélancolie suspendue, un ciel de neige en hiver, une usine qui crache sa fumée, des à plats comme peints. La démarche du plasticien, jouant des couleurs, les plaquant tel un peintre, nous immerge dans une réalité qui lui est propre, faite de néons, de perspectives bouchées, d’angles où quelque chose s’échappe, comme une incertitude. L’on imagine volontiers des tonalités musicales accompagnant ces pérégrinations nocturnes, rythmant ces vues.
L’auteur renoue un peu avec des images de la fin des années 90-début 2000, avec ce sentiment d’urgence qui émanait de ses séries urbaines, si ce n’est qu’il ne reprend pas forcément une logique sérielle. On se retrouve donc à nouveau dans un processus d’ordre cinématographique, atmosphérique, témoin d’un temps qui passe, ou se suspend. Ce qui est donné à voir, ce n’est pas le spectacle d’une réalité en déshérence, mais la poésie de cette promenade. La nuit en est le théâtre, avec son calme, ses absences, ses lumières, son pigment. De ces images émane quelque chose d’argentique, un grain, des couleurs comme avec les pellicules, une ambiance un brin datée, décalée. Logique en somme pour un photographe ne s’intéressant pas à la restitution de la réalité, ni du paradigme de l’instant décisif, et leur préfère une vision davantage poétique et personnelle, une esthétique particulière, donner à voir du beau là où on ne l’attendrait pas forcément, tenter d’offrir une émotion, un sentiment.
exposition visible du 20 avril au 28 mai 2016
Benjamin Kiffel

doubles identités 

joanne hébert

Le travail de Joanne Hebert est un questionnement sur l’identité, sur l’immensité de ses ramifications, complexes et contradictoires, intimes et duales.
A travers ces photographies qui transforment le visage humain –ici le sien- en monstre, en chimère, il s’agit de montrer, d’opposer, l’identité sociale, ce que nous sommes avec les autres, et l’identité profonde, qui n’est révélée à personne, celle qui contient nos peurs, nos obsessions, nos irrationalités, notre colère et notre haine, que parfois même nous ignorons ou ne voulons pas connaître ou voir, qui pourtant existe et menace toujours de prendre le dessus.
Qu’y a t’il derrière les apparences ?
La photographe utilise la pause longue, joue avec la lumière modifie sa position pour imprimer un autre angle, une autre attitude, offrant ainsi un flou, un trouble, une ombre cachée, une autre perspective.
Son visage ainsi déformé, un peu dans la lignée de Laurence Demaison interrogeant le réel et la destruction, est utilisé comme objet de questionnement et non comme sujet à proprement parler. Il ne s’agit pas de parler de soi, de se montrer, de raconter quelque chose d’intime ou de personnel sous l’angle auto fictionnel mais bien d’interroger les représentations et le caractère monstrueux, présent inconsciemment en chacun d’entre nous. Elle questionne donc également l’altérité puisque au delà de la difformité des visages, se pose aussi la question du regard des autres, et de leur compréhension…
Le monstrueux, n’est pas à saisir dans sa dimension witkinienne, pas dans un théâtre des réalités onirique, qui se donnerait à voir. Ici, Joanne Hebert s’intéresse davantage au combat intérieur qu’il suppose, et les bouches, et yeux qui se dédoublent, s’opposent, créant comme des images superposées, presque abstraites parfois, renvoient à notre propre imaginaire, à nos propres peurs. Est elle le docteur Jekyll ou mister Hyde ? Lequel va prendre le pas sur l’autre ?
L’on se rapproche donc ainsi d’un questionnement à la D’agata si ce n’est que l’auteure ne cherche pas à faire œuvre de sa vie, et ne convoque pas l’urgence et l’errance comme lui.
Joanne Hebert, dans ce jeu théâtral et non narcissique, signe ici sa première exposition personnelle, et pourtant remarquable de maturité et de pertinence, elle nous pousse aussi à l’introspection.
L’on se trouve aux confins de la folie, au cœur du combat, et ces regards face caméra, renforcent le trouble en nous, nous confrontent, nous interrogent, nous renvoient à notre propre violence...
Benjamin Kiffel.
L’exposition est visible du 24 février au 31 mars 2016

urbex

vincent meier

L’urbex est un genre photographique, avec ses codes, sa culture spécifique. Il s’agit de visiter des lieux interdits ou peu accessibles, abandonnés et d’apporter un témoignage de ces sites en décomposition, de leur laisser une trace. On va trouver des usines désaffectées mais également des sous terrains, des catacombes, des villas, des hôpitaux... Les codes y sont particuliers, puisque l’activité est à la frontière de la légalité (à qui demander une autorisation pour un lieu qui n’a plus de propriétaire ?), se pratique souvent en groupe, en respectant le lieu, afin de ne pas le dégrader davantage. Les visites se font donc clandestinement, discrètement, et font l’objet d’un repérage particulier ; l’organisation de l’équipée devant également protéger des dangers encourus, ainsi que par souci de clandestinité. Les protagonistes ne communiquent (en général) pas les lieux de leurs images, et s’échangent les bons « plans ». Cette culture underground prend donc des airs interlopes, où des personnes différentes se croisent, avec à la clé souvent des anecdotes et des rencontres improbables. Le protocole de l’exploration est donc au moins aussi important et intense que l’acte photographique en lui même, qui du coup ne recèle pas forcément de discours plastique (au sens intellectuel du terme), ni de revendication artistique à proprement parler. L’on se trouve donc ici en marge, un peu comme dans le milieu des tagueurs ou des grapheurs. Il faut voir ces images comme un témoignage, aux accents documentaires, mais également une démarche d’archéologue, de sociologue, le tout avec un aspect ludique, agrémenté d’un peu d’excitation de se trouver dans des lieux inhabituels et interdits. Les images de Vincent Meier sont prises en mode HDR, qui va accentuer les contrastes existants. Les compositions sont finement travaillées. L’on joue avec la profondeur des lieux, des couleurs, avec la lumière. Elles passent d’obliques à frontales, s’arrêtent sur un détail, un objet, suggèrent le chaos. Il en résulte un univers onirique, ludique, mélancolique, qui nous laisse imaginer la splendeur de ces lieux et des activités attenantes. L’auteur nous offre, par son regard pertinent, une plongée nostalgique, dans un monde en train de se perdre, rendu obsolescent par la logique économique, un monde où le travail se lit en filigrane, en crise, mais aussi un monde qui en perdant ses bâtisses nobles, ses cliniques, ses prisons, s’inscrit dans un nouveau cycle de modernité. On devine également que ces espaces ne sont pas inhabités et se vivent maintenant à la marge, de façon souterraine, en attendant leur destruction. Cela questionne également sur la violence de ce processus qui relègue, disqualifie, des bâtiments laissés à l’abandon, mais aussi des populations, des emplois, des quartiers... toute une époque... toute une vie sociale. Des lieux pas si hospitaliers donc, qui prennent néanmoins dans le regard de Vincent Meier, dont c’est la première exposition personnelle, une posture également poétique, celle de la fuite du temps, et une dimension plus empathique, celle de leur offrir un dernier hommage, dans un entre deux émouvant, il nous donne à voir un magnifique tango urbain...
Benjamin Kiffel
L’exposition est visible du 4/11/2015 au 28/11/2015

la mer n'existe pas

benjamin kiffel

Ce travail a débuté en 2013 en Italie avec des images de forêts en contre jour d’un ciel bleu entre chien et loup. Les panoramiques découpent les ombres, aplatissent les arbres qui ne deviennent qu’un vaste espace sombre non identifiable. La quête s’est poursuivie cette année par une problématique inhérente à deux voyages (en Toscane-Ombrie et à Lanzarote), c’est à dire comment s’approprier des paysages connus et revus, sans tomber dans le piège de la beauté immédiate de ces lieux ? La proposition qui tente d’y répondre superpose des images (à la prise de vue sans retouche), et joue avec les couleurs, le flou, personnalisant ces lieux, les entraînant dans un registre plastique, pictural moins facilement reconnaissable. Le bleu se fond ici dans la nuit, dans un turquoise subtil et vaporeux, mêlant ciel et mer (pour l’île espagnole), avec un jeu sur la balance des blancs (réalisé en amont sur l’appareil), dessinant une atmosphère poétique, composant des tableaux presque abstraits. L’on pense à Harry Gruyaert et ses rivages, l’on pense aussi aux peintures pré impressionnistes, voire romantiques pour le traitement de la lumière. Les images de l’océan côtoient des vues d’Ombrie où les arbres se fondent dans la nuit, tel un monde sous-marin, magique ; voyage onirique, où les choses ne sont pas exactement ce que l’on croit, les verts se fondent dans le ciel éclairé, éclatant d’un bleu klein pur... Le procédé de prise de vue est le même : la nuit doit être claire, la lune pleine, la lumière suffisante. Parfois un petit mouvement nous happe, un bateau à l’horizon, puis les choses redeviennent imperceptibles, diffuses, solennelles, mystérieuses. La narration de la scénographie nous révèle par ailleurs des images diurnes, rendues abstraites par des superpositions à la prise de vue, procédé déjà employé par l’auteur (extraits du Saulnois notamment), restituant une forme de poésie n’existant pas de cette façon dans la réalité, composant des paysages, construisant et jouant avec les imaginaires. Ici encore le travail sur la couleur est primordial, les photographies se diluent dans des bleus très clairs qui s’opposent aux verts de la terre et des volcans. Les collines sont redessinées, réinventées. Il s’agit pour le plasticien de poursuivre sa quête de transformation de la réalité, et le titre au fond doit être vu comme un manifeste aux accents surréalistes, la réalité n’existe pas, c’est notre regard qui lui confère toute sa poésie et ses significations.
Benjamin Kiffel
L'exposition est visible du 11 septembre au 17 octobre 2015.

utopies

benjamin kiffel

Ces architectures , qui ne permettent pas de distinguer les villes dont elles sont issues, sont communes, presque anonymes, comme datées d'une autre époque (années 80). La couleur, modifiée ici par les néons créant des ambiances urbaines particulières, soulignant des espaces pas spécialement esthétiques, que l'on voit dans toutes les villes. La nuit amplifiant cette forme de poésie, avec le vide, l'absence, la froideur. Pourtant ces espaces ont fait l'objet d'attention particulière il y a quelques années, on y travaillé la lumière, pour y construire des espaces urbains de passages, des cours, des placettes... Notre regard sur ce type de lieu change, ce qui est utopie aujourd'hui vieillira également, c'est cela qui m'intéresse dans ces regards, le décalage entre le temps et l'utopie d'avant. L'on peut penser au cinéma de Wong Kar Waï ou de Derrick, à une esthétique quasi cinématographique, mais nous sommes bien en présence d'un travail et de questionnements photographiques. Ces images ont été prises en été 2014, en full frame et ne sont pas retouchées en post traitement. les couleurs ont fait l'objet d'une attention particulière, en amont de la prise de vue avec un réglage de colométrie au point près. Ce travail s'inscrit dans une quête ancienne et récurrente sur l'architecture et ses abstraction possibles, ses appropriations, thème qui a nourrit de nombreuses expositions pour l'auteur. La nuit permettant de sublimer (et d'effacer) certaines lumières, offre de nouvelles perspectives entre les lumières artificielles, les reflets des vitrines... et les espaces ainsi dessinés. Cette proposition à la frontière d'une démarche plasticienne et documentaire permet de contribuer à un référencement urbain et obsessionnel dans la lignée des époux Becher et de l'école de Düsseldorf par exemple, et de construire une identité architecturée et visuelle spécifique et particulière.
Benjamin Kiffel
L'exposition est visible du 7 novembre au 20 décembre 2014.

insolite in situ

concours photo

Soyez créatif!!
participez au concours photo organisé par le collectif des riverains et commerçants du cathédrale square qaurtier-est le jeudi-vendredi-samedi 18-19-20 septembre 2014.
Il s'agit de faire une photo  obligatoirement dans les limites du périmètre géographique du quartier ( à l'est de la cathédrale soit de la place du château à la place st-étienne) et à ces dates. 1 seule photo par participant, à déposer à ces dates.
Les meilleurs clichés seront exposés à la galerie du 24 septembre au 4 octobre 2014 du mercredi au samedi ( 16H30-19H).
le jury décernera un prix (du jury) ainsi qu'un prix public (vote sur facebook ou à la galerie) , remis lors du finissage de l'expo le samedi 4 octobre à 18h.
le collectif lance ainsi sa saison d'animations ludiques, régulières dans le but de faire vivre le quartier avec ses différentes composantes.

toxic red line 

benjamin kiffel

Ce travail recompose des espaces urbains, sous forme de superpositions à la prise de vue, sans retouche a posteriori donc.
Ces espaces sont détruits, déstructurés, submergés par la couleur rouge qui vient les noyer.
L’on pense à Georges Rousse, notamment dans cette façon de figer ce qui n’est pas, de falsifier, de questionner la perception de la réalité.
Il y a également une forme d’humour, de décalage, comme dans un mauvais film de science fiction... quelque chose d’artificiel.
L’auteur renoue ici avec un procédé issu de l’argentique (les superpositions), et doit composer des paysages issus de son imaginaire,
détournés du réel, en le faisant directement sur l’appareil, ce qui l’oblige à une construction rigoureuse lors de la prise de vue.
L’on peut également se référer à Tom Drahos pour ses dérives colométriques, là encore travaillées en amont directement sur l’appareil.
Il s’agit également d’interroger la mémoire, le basculement, le moment où cela dérape, change d’état , de nature, d’histoire... thème cher à son travail, la frénésie, où l’on est emmené, happé par une forme de narration esthétique dans un autre univers.
On peut penser à la série ’’le basculement’’ (2007) ou encore ’’the muppet show’’ (2001) ou dans la série ’’extraits du saulnois’’ (2005).
Ce nouveau travail ne renoue pas pour autant avec une logique sérielle, les images peuvent se lire dans des ordres indifférents, l’exposition mêle d’ailleurs affichage dynamique et tirage papier.
Le caractère obsessionnel de l’ensemble contribue également à créer une sorte de malaise, sur ce qui avance, se trouble, s’efface, et donc ce qui reste et se recompose, au delà du procédé plastique, de la construction formelle et du jeu des couleurs, se trouve une question essentielle liée à la nature humaine et sa domination, sa capacité de falsification et la dérive idéologique... L’ambition n’est pas de revisiter le chaos, perspective démesurément prétentieuse, mais bien d’en cerner les possibles signes avant coureurs, et le moment où tout bascule... 
L'exposition est visible du 22 mars au 27 avril 2014.
Benjamin Kiffel

opération fil rouge

cathédrale square quartier est

Opération fil rouge pendant le marché de noël par les commerçants du quartier qui s'organisent en collectif.
des cadeaux, des réducs et des surprises. Rendez vous du 29 novembre au 24 décembre 2013.

banlieues invisibles

orlando nadai

Ce travail montre l’envers du décor d’une Italie que l’on imagine volontiers festive, chatoyante, joyeuse, joviale, séduisante. Ici pas de comédie, pas de mascarade, Orlando Nadai nous offre un visage sans fard, lorsque les masques vénitiens tombent, loin des palais et du baroque des églises, une Italie sombre donc, triste, vide, un peu désuète, cette Italie issue des années 60 où les constructions urbaines ont modifié la structure des villes, une Italie traumatisée par la mondialisation et le libéralisme, par ses propres contradictions...
Les photographies de l’auteur ne sont pas à proprement parler politiques, mais la trace sociologique qu’elles suggèrent dépassent leur caractère esthétique et leur confèrent une force critique. Il y a du Fellini dans cette approche, le côté burlesque en moins, réaliste, descriptive d’une mécanique menant à la pauvreté, poétique malgré tout, ironique parfois.
Le regard de l’artiste, attend, structure, répertorie, toujours en argentique (à la chambre), ces espaces, ces désillusions que l’on sent poindre, ces oppositions.
 
Ce travail architecturé, s’inscrit également dans la lignée photographique de l’école de Düsseldorf,
en noir et blanc toujours, classique, clinique ; constructions précises, frontales ou obliques, en courbes, contradictoires.
Malgré leur quasi absence, le personnage principal est bien l’Homme, ses conditions de vie, ses rêves, perdus, vivant dans des espaces de relégation, après l’utopie : la réalité. Ces images ont toutes été prises en Vénétie mais cela pourrait être ailleurs.
L’homme qui construit, décide, conceptualise la vie des autres... et pourtant l’on s’approprie ces lieux, on y vit, on y laisse des traces...
Ces images montrent une forme de cynisme, universel, et pourtant des détails nous font sourire, poésie désenchantée, désabusée...
une autre issue est- elle possible ?
Après Vista , Orlando Nadai, photographe italien de 57 ans nous revient pour une 2ème exposition personnelle à la galerie avec ce travail superbe. Il a étudié la photographie industrielle à Turin et a donné des cours à Trévise, il fait lui même ses tirages, en argentique.
L’exposition est visible du 9 novembre au 15 décembre 2013 de 15h à 19h

urbanités 

benjamin kiffel

Ce travail débuté en 2011, représente un virage dans le parcours plastique de l’auteur. Il s’agit ici de revenir à une écriture plus clinique, nette, moins distanciée du réel, de montrer des espaces structurés, souvent fermés, frontaux ou obliques, construits.
Urbanités se lit comme une typologie de ces lieux, classés, répertoriés comme une unité de mesure de ces sous- espaces, pas toujours totalement identifiables dans leur ensemble, comme un langage universel et poétique.
Le travail prend donc un aspect davantage documentaire, dans le sillage d’un Thomas Ruff ou des époux Becher.
 
Les villes photographiées ici sont de différentes taille, de différents pays, et ne nous intéressent pas dans leur aspect culturel ou social, mais dans leur approche architecturée. L’installation mêle des images de jour et de nuit, des immeubles et des cours, des arrêts de bus et des parkings, des lieux vides et en attente de reconversion.
La démarche se veut méthodique, reprenant régulièrement un même type de cadrage, les lumières nocturnes devenant des architectures structurant ces lieux, les habillant d’une unité de couleur et de forme visibles.
Après une longue recherche sur l’abstraction, la dimension subjective de ce travail est moindre, le flou est quelque peu délaissé, au profit d’une froideur rigoureusement entretenue. L’homme est absent, mais son empreinte s’inscrit en filigrane. Dans ces mesures urbaines, qui ne reprennent pas de bâtiment dans leur ensemble, la construction s’opère également par opposition, entre différents matériaux, couleurs ou objets. La ville devient par là un regard, un souvenir, une trace, rémanente, de parcelles universelles interchangeables, témoignant aussi de l’activité humaine pour les constructions, abandons ou interventions.
L’on passe de Berlin à Milan, de Turin à Offenbourg, de Strasbourg à Munich, de Zagreb à Prague, de Belgrade à Barcelone, de Bilbao à Madrid...
Ces images ne témoignent pas directement de ces villes, mais de la ville en général, comme d’un artefact, construit, organisé, structuré, offrant un parcours poétique et l’idée d’une utopie.
Ces photographies ne sont pas retouchées après la prise de vue et ne subissent pas de manipulation a posteriori.
Elles sont présentées sous forme de narration dynamique, sur 5 écrans, programmée sur ordinateur.
L’exposition est visible du 5 septembre au 20 octobre 2013 à la galerie la pierre large 25 rue des veaux Strasbourg.
Benjamin Kiffel

l'hiver

laurent goetz

Décembre,
Une pellicule de neige a recouvert le sol et il fait froid, nuit noire, neige blanche. Du noir, du blanc.
J'arrive tardivement dans cette cour. Il est vingt heures. Je suis seul.
Je pénètre dans ce local où je me rends si souvent. Le froid y est d'autant plus accentué par une moiteur ambiante.
L’éclairage m’obsède.
Si l'on attend d'une lumière qu'elle puisse réchauffer à la manière d'un feu, ici ce n'est pas le cas. L'éclairage est tubulaire, blanc, industriel, droit et immuable. Je décide donc d'entamer une torsion de ces tubes blanc qui m'aveuglent. J'aurais même envie de les modeler avec mes mains.
Finalement le cliquetis de mon appareil sur le tube allait même m'apporter un semblant de musique !
Expérimentations, obsessions,
Profondeur de champ supprimée, fréquences de scintillements, motifs abstraits à plats,
Géométrie toujours, carrés, vagues, éclairs, diagonales.
Toujours envie de modeler cette lumière de mes mains,
Jeu vidéo, je suis bloqué dans un jeu vidéo, dans une matrice. Récurrence, répétition, obsession,
Le froid toujours, horizon barré, la lumière claque, Il est tard, je suis seul... c’est l’hiver...
Benjamin Kiffel.
L'exposition est visible du 7 au 30 juin 2013.

résonnances

Benjamin Kiffel et les élèves de l'option audiovisuel de Ste clotilde

Les élèves d’audiovisuel de Sainte Clotilde ont travaillé cette année sur la notion de transition industrielle. Cette question récurrente à certains quartiers strasbourgeois, s’intègre également dans notre patrimoine et dans notre histoire.
Comment faire vivre, et comment ’’habiter’’ ces espaces vides ? Nous sommes allés travailler in situ pendant l’Ososphère à la Coop au port du Rhin en décembre 2012, et nous nous sommes appropriés les lieux, ainsi que les expositions éphémères. L’objectif n’étant pas de restituer un moment témoignage d’un événement, ni documentaire sur un lieu en reconversion industrielle, mais d’interroger la problématique de l’espace, de sa poésie, et de son interaction avec nous (spectateur).
On est dans un rapport d’appropriation, problématique par excellence de la jeunesse, dans un lieu par essence proche de la frontière, avec sa propre histoire. La jeunesse se doit de composer avec son passé, avec l’histoire, pour s’inscrire dans une construction, dans une modernité, dans une dynamique dont elle représente les forces vives.
Comment témoigner de ce mouvement ? Comment montrer la poésie de ces instants éphémères ? Comment détourner les installations artistiques dans un lieu donné et en créer des objets artistiques autonomes, dans un temps limité ?
Ce temps limité étant d’ailleurs un challenge complexe à relever car le travail s’est fait ’’sans filet’’, sans possibilité d’y retourner une fois l’événement passé, la réinterprétation doit être immédiate.
Ces traces, d’architectures, typiques d’une époque révolue, dont on sent encore la présence, d’une période où la proximité de la frontière n’était que zone industrielle, inhabitée.
Ces espaces vont créer du lien, devenir des lieux d’habitat, de transport, d’échange. La recomposition est en marche...
Zone d’activité enfin, encore vivante, une Europe concrète, réelle, l’alsace au cœur de l’espace rhénan : La Coop c’est aussi tout cela.
Cette appropriation s’est faite de façon photographique et demande à être diffusée sur des écrans afin de permettre une narration dynamique et innovante (détournée de la publicité). Pour surprendre le spectateur, nous avons installé également des écrans dans des vitrines autour de la galerie (point de départ de l’exposition), visibles au détour d’une ballade, et qui s’imposent aux regards des passants.
En outre, les élèves ont travaillé sur la communication de l’exposition (réalisation de l’affiche, du flyer...), ainsi que sur l’aspect technique de son montage (choix des images, rythmes de narration, format...)
L’idée de projeter les images est aussi une façon originale de les mettre en lumière plutôt que d’en faire des tirages classiques, cela permet aussi d’en montrer davantage, et de mettre de la poésie dans des lieux inattendus.
L’exposition est visible du 3 au 26 mai 2013.

A la galerie la pierre large 25 rue des veaux (ven-sam-dim 15h-19h)
et dans les vitrines de nos partenaires: 
- 3 Dimensions coiffure - 5 rue des veaux
- Mirabile Visu - 5 rue des veaux
- Baptiste et Garance - 6 rue des veaux 
- Nulle part ailleurs coiffure- 1 rue de la pierre large
de 10h à 22h tous les jours (lundi au dimanche) 
 
benjamin kiffel et les élèves du groupe audiovisuel de ste clotilde 

dead photography

benjamin kiffel

Dead photography est un travail débuté en 2010, qui explore les limites du médium photographique. L’usage panoramique de l’appareil est ici détourné, dans des conditions de faible luminosité, afin de déstructurer le réel, le ’’ laméliser’’ , lui ôter toute trace tangible et reconnaissable et lui donner des formes propres.
Ce travail prolonge le travail de démolition de l’image déjà entrepris sur ’’ simulacre’’ ou sur “ textures “ (2004-2009) et témoigne d’une volonté de l’auteur d’utiliser l’abstraction photographique comme un support à l’expression, et de questionner les limites du médium et ses frontières.
Les images sont des espaces découpés, en très grand format, non retouchées a posteriori, tout le travail est fait en amont (comme dans une démarche argentique), elles ont été prises d’abord à Berlin, Strasbourg et Barcelone, et poursuivies à Bilbao, Madrid et Budapest. Ces villes sont elles -mêmes des symboles de mutation, et sont résolument urbaines. L’artiste doit donc imaginer le ’’décor’’ qui n’existe que dans son imaginaire et tenter de le retranscrire en jouant avec les lumières, les formes, et les couleurs lors de cette déstructuration. Ces compositions, devenant ainsi quasi organiques, questionnent donc les limites de la technique photographique, dans le rapport réinterprété au réel, la photographie n’existe pas en temps que telle, ni dans le regard du photographe, mais bien en tant que support plastique à la création. Le bug numérique est donc détourné pour  devenir le support de la construction. Le rapport à ville n’est pas non plus anodin, fait d’espaces coupés, il prend également des accents expressionnistes, dans le rapport à la lumière, composée comme dans des scènes de Fritz Lang, voire constructivistes. Le choix de Barcelone et le Berlin n’est donc pas lié au hasard, ces villes s’inscrivant dans ces questionnements. Les lieux des prises de vues ont été sélectionnés davantage pour leur aptitude à recomposer la lumière que pour leur nature même, intérieurs et extérieurs, parking et structures d’architectures, rues ou couloirs d’hôtel, peu importe finalement puisqu’ils ne sont pas le sujet. Le format choisi, doit faire éclater ces espaces créés, en leur donnant la dimension nécessaire pour en faire un objet en tant que tel. Chaque ville va apporter ses propres lumières et spécificités, ses touches, tout en s'inscrivant dans une démarche globale cohérente. Le résultat intrigue par les traces qu’il dévoile, les reflets de lumière composant les images étant la seule origine reconnaissable. Nous nous trouvons devant un objet abstrait, proche de la peinture, avec des compositions qui éliminent systématiquement la profondeur de champ, registre photographique par excellence, et questionnent également sur la chromie et la lumière qui la révèle, un peu comme dans le travail de P.Soulages . Une recherche assez peu fréquente dans le travail photographique habituel.
La photographie ’’classique’’ est également ’’tuée’’ dans la manière de présenter le travail ; les photographies seront montrées sur plusieurs écrans, les images défilant suivant un rythme et une scénographie travaillés, ce qui permet de dynamiser la narration.
Dead photography est donc également un questionnement sur la matérialisation de notre époque, et sur l’art en particulier, faut il se retrouver face à l’œuvre en ’’réel’’ pour l’admirer ?
Il ne s’agit pas de supprimer l’œuvre, ni le processus de création, mais de s’ouvrir de nouvelles possibilités de monstration. Des questions nouvelles se posent ainsi, quel statut pour ces œuvres ? Comment garder la maîtrise du protocole pour l’artiste? Où est la ’’vérité’’ de l’œuvre ? Va t’on vers des collections de muséographie virtuelles ou dématérialisées ? Pourra t’on mieux les conserver ?
Ce travail s’inscrit aussi dans une dimension sociétale, et questionne également des problématiques d’époque, obligeant les artistes à se positionner entre nouveaux médias, nouvelles pratiques et éthique de leur création...
Benjamin Kiffel
L'exposition est visible du 1 au 31 mars 2013.

custo

benjamin kiffel

Ces photographies ont été prises à barcelone en 2011, elles ont été prolongées par des custo germany. Ce sont des panoramiques, dont le mode de l’appareil a été détourné, afin de déstructurer, recomposer, lamélisér les espaces et les lumières. La composition est donc imaginée en amont, et ces images ne font pas l’objet de retouches à postériori (photoshop)

Le résultat visible est celui construit sur les lieux. L’intérêt ici est de donner un rythme à ces espaces, une dynamique et de créer une émotion picturale par les couleurs structurées et abstraites. La réalité est un support à la poésie ambiante, musicale, onirique et se trouve transcendée par ces formes. Les lieux importent peu et sont finalement peu reconnaissables, tout juste peut on y deviner la tour agbar à barcelone.

Ce travail peut se lire également comme un clin d’œil à la société espagnole post movida, où les couleurs rythment les soirées, les décors sur les habits, dans les assiettes, ou les architectures … (custo est une marque de créateurs barcelonais)

Le modernisme inhérent à cette ville inspire aussi les compositions qui s’intègrent dans un travail plus vaste de destruction de la photographie : dead photography (pas encore montré)

C’est donc une vision festive de la ville, hallucinée, subjective, nocturne qui est proposée.

Cette série succède à des monochromes (simulacre) et poursuit une interprétation du  théâtre des réalités urbain, cette vision est peut être plus positive et joyeuse pour l’Espagne, plus froide pour les germany …

Ces panoramiques détournés, permettent (un peu comme les superpositions argentiques) de ne garder que l’essentiel de la réalité, du décor qui n’existe plus en tant que tel mais bien pour le tableau qu’ils composent et montrent des paysages n’existant que dans l’imaginaire de leur auteur, les bâtiments sont effacés, la ville aussi, il ne subsiste que des lamelles de lumières, des néons, sur un fond noir profond, cinématographique, des couleurs qui claquent comme dans un rêve…
Benjamin Kiffel

 

L’exposition est visible du 14 mars au 22 avril 2012

corps à corps

benjamin kiffel

Corps à corps (2011) questionne l'identité, le couple, les tensions, les relations de force, de tendresse, de violence, de possession, de désir...
Le couple peut être perçu de façon multiple, universelle, nous aurions aussi pu avoir 2 hommes ou 2 femmes... Quelles relations se construisent, comment s'opère la fusion entre les corps, entre les êtres?
L'on parle d'intime, et pour mettre une distance avec ce sujet, la lumière est mise en scène afin d'abstraire le réel des corps, qui sont floutés, colorés, mélangés, jusqu'à ne plus pouvoir les appréhender exactement.
Cette lumière jouant avec les volumes ainsi créés, provoque une atmosphère douce, poétique, presque fantastique, loin des tons chauds et chairs que pourrait supposer un tel sujet. il y a aussi quelques images en noir et blanc. on n'est pas dans une réalité brute et la couleur évoque une ambiance plus urbaine, nocturne, froide...onirique.
Les étreintes priment sur l'identification, les gestes se nouent , les corps se fondent dans le décor... se serrent, s'enlacent, se tendent, se tordent... et composent des formes, des matières, presque des sculptures.
Les images sont prises dans un miroir, prisme figeant ces corps, autre mise à distance du sujet. Les aspérités de l'objet contribuent au caractère plastique de ces photographies.
on se trouve ici dans un questionnement entre D'agata et Coplans...
les personnages se dérobent, se reflètent, se composent... de l'autre côté du miroir,
entre ombre et lumière.
Benjamin Kiffel.
exposition visible du jeudi 10 novembre au dimanche 11 décembre 2011

superstructures 

benjamin kiffel

Superstructures est un travail sur l'architecture, sur des espaces oppressants, omniprésents, qui étouffent les perspectives, s'imposent dans leur masse et ne laissent qu'une ouverture noire, sombre, floue, incertaine.
l'on pourrait passer en voiture, glisser sur ces lieux, chercher une issue, ou se laisser dominer, dompter par ces structures, organisées, pensées, dominantes. Le terme superstructures renvoie à Marx et  découle des structures, des institutions. Le lieu détourné ici, est en lui même un symbole de masse, et de contrôle par le biais du divertissement, et témoigne de sa puissance, sortes de cathédrales modernes, inspirant les plus grands architectes, lieu de démesure donc, vidé de sa substance, laissé dans sa matière brute, froide, suspecte, expressionniste.
On imagine l'enfermement, qui se prononce dans des dégradés de gris et de noirs de plus en plus sombres, seule luit la lumière, qui claque, froide, structurée, s'imprimant dans notre regard comme autant de motifs cinglants, ne laissant que peu de perspectives, peu de possibilité d'en sortir, comme un envoûtement, un leitmotiv.
La répétition des images, offrant des séquences récurrentes, modifiant juste la focale, et légèrement le point de vue, en fin de série, suppose qu'on ne peut sortir de ce schéma... alors que les premières images suggèreraient plutôt qu'on puisse y échapper, puis le manège reprend... Les tirages laissent apparaître des traces que l'on devine entre des blancs froids et des noirs profonds,et renouant avec une tradition cinématographique, l'auteur poursuit ici ce thème de l'enfermement, déjà vu sur " dédales" link  photographies exposées à la galerie exposition dédales 18 sept 25 octobre 2008 benjamin kiffel
mais propose une vision plus expressionniste, en noir et blanc, l'enfermement s'il reste mental, apparaît également plus orchestré, organisé, plus paranoïaque... une ambiance sombre, noire, sans issue... et toujours ces néons comme une gravure dans l'espace, dans l'imaginaire ou la pensée... structurant de façon irréelle notre cheminement, le rendant frénétique, halluciné...
l'exposition est visible du vendredi 13 mai au dimanche 12 juin 2011.
Benjamin Kiffel

rotations aléatoires

laurent goetz

Le travail de rotation aléatoire, expérimenté par l’auteur depuis quelques années trouve son origine dans la volonté de créer des images géométriques en suivant un procédé de rotation manuel toujours identique avec des sujets fixes. Le mouvement vient donc de cette construction mathématique, sorte de fréquence manuelle répétée sur des sujets différents. Chaque image comporte donc 16 prises de vues différentes successives. Le photographe ne s’en sert pas principalement pour un effet esthétique mais d’abord pour traduire une construction intellectuelle, poétique. Au-delà du procédé, c’est pour lui une philosophie : l’ordre et le désordre, le mouvement et l’arrêt, le temps qui passe… Le procédé détourne l’usage du mode sport de l’appareil, utile normalement pour suivre des personnages en mouvements. L’artiste propose ici sa propre lecture temporelle, met en branle des sujets fixes, comme si la réalité virtuelle ainsi composée de façon ’’mathématique’’ devenait rassurante, intelligible. Il ne propose pas de vision utopique ou obsédante de la réalité, mais un regard poétique, abstrait, coloré, où la forme composée donne sens aux objets banals en dépassant leur représentation statique et gravitaire par nature… Laurent Goetz nous offre ici sa première exposition avec 13 photographies de cette série. Sa quête artistique provoque également un questionnement sur notre façon d’aborder le réel. La main humaine comme un mécanisme, se substituant à la machine. Comment dompter le temps et le restituer ? Une expérimentation artistique peut-elle prendre un accent scientifique ? Quelle est la limite de l’homme dans sa construction photographique ? L’aléatoire est il si aléatoire ? Comme pour Popper (épistémologue), l’expérimentation ne sert pas la vérité, c’est l’erreur qui permet à la science d’avancer. L’artiste ici, nous donne sa subjective vision d’un monde non vérifiable, une empreinte ordonnée et reconstruite, un ordre d’où naît l’illusion, la poésie et la matière ainsi créée...
Les maths comme support à la poésie: il fallait oser!!         
Benjamin Kiffel.                                                                                                                             
L’exposition est visible du 23 mars au 10 avril 2011 

extraits du saulnois

benjamin kiffel

Extraits du saulnois est un travail qui date de 2005, qui a été montré au musée
du sel (marsal en 2008)
qui a gardé une partie de ces photographies. Il sera donc montré à la galerie
les images que j'ai récupéré ainsi que certaines prêtées par l’artothèque de Marsal

Pour cette exposition.
Le saulnois est un pays situé en Lorraine, pas un espace industriel ou minier comme on a l’habitude de se l’imaginer mais rural, entre Metz, et Sarrebourg.
Lors d’interventions scolaires je fus frappé par la lumière ambiante très changeante selon les saisons et la poésie de ces paysages.
Ce travail onirique , en argentique, construit par superposition, est une
appropriation personnelle d'un espace rural, de jour, aux antipodes des lieux
qui habituellement m’intéressent. J'ai voulu construire à partir de
fragments un saulnois imaginaire. ces paysages ainsi crées mélangent des
clochers d'église et des vaches, des vignes et le ciel, de l'eau et des
routes... plus cette histoire se raconte, plus on va vers des motifs
géométriques, aux cadrages serrés, pour finir par une croix qui montre que ce
paysage n'appartient qu'à l'imaginaire de son auteur... cette croix avait été
construite sur la façade du musée le temps de l'expo sous forme d’installation
rappelant le passage du photographe voulant rendre quelque chose à ces paysages
empruntés, et comme un questionnement également sur le paysage en lui même: une lumière n'est elle pas déjà le début d'un paysage?
12 photographies encadrées en diasec (alu et plexi) seront montrées, merci au musée du sel de Marsal (moselle) qui m'en a prêté, afin de montrer une série cohérante ici. (la série originelle comporte 18 photographies)
Exposition visible du 28 janvier au 6 mars 2011.

benjamin kiffel

simulacres 2

benjamin kiffel

Simulacre.2  poursuit le travail  sur la lumière, son  entreprise de démolition
de l’image , du médium photographique.
Ici la lumière est recomposée, reflétée dans l’espace, par des déflecteurs de vélo, l’on joue sur des plans ainsi crées, matières tantôt granuleuses, tantôt lisses ou nébuleuses, se juxtaposant les uns à côté des autres.
Quand simulacre.1  utilisait la lumière en direct, simulacre.2 l’utilise, la dirige, la détourne.
La  réalité picturale ainsi créée, poétique, ambiguë et toujours tendant vers des monochromes (gris ou orange cette fois-ci) , questionne également sur le médium en lui-même. La photographie n’est elle pas de toute façon un simulacre de réalité ?  Un concept n’existant que dans l’imaginaire de son auteur ? La photographie peut-elle être de l’art ?
Le règne de l’image aujourd’hui , son omniprésence , et même son usage pour peindre, questionne sur sa nature, son statut, son essence même.
Les cadrages ici ne permettent pas de reconstituer un réel , ne permettent qu’une approche de celui-ci , éventuelle, évaporée.
La radicalité de la démarche plastique , aux antipodes des paradigmes habituels classiques de la photographie, trouve ses références dans les travaux des plasticiens photographes des années 70, également dans les réponses proposées par Soulages ou Buren…
Comme si l’auteur dans son parcours artistique n’avait de cesse de « tuer la photographie »  ( ambition proclamée d’ailleurs dans son nouveau travail : dead photographie- visible en 2011 )
Il reste quand même des traces , des  débuts de pixels, et des palettes de couleurs complexes voulant apparaître, sorte de bug numérique questionnant également sur les limites (ici détournées comme procédé) du médium.
Que ce soit en argentique ou en numérique, l’artiste travaille sur ce qu’il ne faut pas faire en photographie (temps de poses, bougés, flous, exposition en faible luminosité…) et expérimente les limites du médium, l’utilisant justement exclusivement dans ses faiblesses, pour construire son propre imaginaire.
L’exposition est visible du 2 au 19 décembre 2010.

vista

orlando nadai

Vista est un travail en noir et blanc, construit avec des diptyques pris avec 2 négatifs différents, ce qui permet de jouer avec la netteté,la perspective et d'offrir des paysages recomposés, reconstruits. c'est un témoignage de ce que l'on croise tous les jours sans le voir réellement, sorte de banalité urbaine avec son "double", plus diffus, qui se recompose avec le réel. Ces photographies (en argentique) ne se lisent pas sous forme de série, existent indépendemment les unes des autres, elles n'ont de commun que de laisser une trace des paysagesexistants et de questionner sur la place de l'homme dans la constitution de sa mémoire et de la construction qu'il opère. Vista c'est aussi le travail de l'homme.
Orlando Nadai poursuit son travail en argentique, avec une poésie toute italienne, il a notamment travailé sur les banlieues (sujet peu abordé dans la tradition italienne) , il aime l'envers du décor, ce que l'on ne voit pas, loin de la comédia del arte, il aime révéler quelque chose qui au delà du poétique et du sensible nous donne aussi matière à nous questionner...
l'exposition est visible du jeudi 4 novembre au dimanche 21 novembre 2010